Le procès Tornado Cash et l’inculpation de Roman Storm annonçaient déjà la couleur. Les États-Unis aient une attitude très favorable aux cryptomonnaies en ce moment. Mais ceci n’empêche pas le gouvernement de chercher à en avoir le contrôle absolu.
Le Réseau de Lutte contre les crimes financiers du Trésor américain préparerait en ce moment l’interdiction de pratiques jugées suspectes. Une annonce qui prend des airs de déclaration de guerre contre la confidentialité dans l’industrie de la cryptomonnaie.
Interdire la confidentialité pour lutter contre la fraude ?
Andrea Gacki, directrice de la FinCEN (Réseau de Lutte contre les crimes financiers) a confirmé que le Trésor américain est sur le point de finaliser sa règle sur le mixage de cryptomonnaies. Ceci aurait pour effet de rendre illégales les transactions confidentielles d’actifs numériques.
C’est au cours de l’audience de supervision de cette semaine que la confirmation est tombée. The Rage a rapporté les échanges dans un article paru hier. Pour rappel, la Maison-Blanche avait intimé l’ordre de finaliser cette règle depuis juillet dernier.
Cette règle permettrait d’interdire les outils et les pratiques qui garantissent la confidentialité des transactions. En vertu de cette règle, un nombre important de pratiques courantes deviendraient illégales.
Il s’agit notamment du pooling ou de la mise en commun de cryptomonnaies provenant de multiples personnes, adresses ou comptes. De même, les algorithmes qui permettent de coordonner ou manipuler la structure des transactions seraient interdits. C’est essentiellement ce qui était au cœur du procès Tornado Cash.
Serait aussi interdit, le fait de diviser une somme en cryptomonnaies et de l’envoyer via plusieurs transactions indépendantes. Sans oublier la création ou l’utilisation d’adresses à usage unique ou même les échanges d’actifs numériques d’un type vers un autre.
Les autorités américaines justifient cette règle anti-mixeur en avançant les statistiques des transactions criminelles. En effet, sur 111 cas de fraude, 91 % auraient eu recours à des transactions en cryptomonnaies.
La directrice de la FinCEN indique toutefois qu’une telle règle devra être élaborée avec soin. Il est impératif que seules les transactions illicites soient effectivement interdites.
Le PATRIOT Act débarque dans les actifs numériques
Au-delà de la loi anti-mixeur, les autorités américaines envisagent de s’octroyer les pleins pouvoirs. Notamment pour interdire les transactions jugées suspectes, y compris hors du territoire américain.
Par exemple, en vertu de la Section 311 du PATRIOT Act qui s’applique déjà aux cryptomonnaies, les autorités peuvent cibler des transactions spécifiques. Ceci, sans avoir à fournir de justification ou à respecter une quelconque procédure régulière.
En termes simples, ceci donnerait carte blanche pour désigner des entités étrangères comme menaces. Et par la suite, interdire aux opérateurs financiers américains d’accepter leurs transactions. Par exemple, les transactions validées par des mineurs ou qui transitent par des plateformes d’échange hors des USA pourraient être interdites.
Ceci laisse entrevoir un certain manque de compréhension des mécanismes qui gouvernent les cryptomonnaies. En effet, les cryptomonnaies sont internationales de façon inhérente. Le fait de transiter par telle ou telle entité n’est pas nécessairement un signe de suspicion. Et des transactions entre deux portefeuilles d’utilisateurs aux États-Unis peuvent apparaître dans des blocs validés à l’autre bout du monde.
Quoi qu’il en soit, le verdict du procès Roman Storm et les déclarations d’Andrea Gacki sont éloquents. Les États-Unis pourraient mettre un terme à la notion de confidentialité s’ils peuvent avoir le contrôle sur l’industrie.
À ce sujet, Peter Van Valkenburgh, directeur exécutif de l’ONG CoinCenter a un avis plus nuancé. Certes, les autorités ont la capacité d’exercer un tel pouvoir sur les cryptomonnaies. Mais il considère que diverses procédures et mécanismes existent pour protéger les droits des crypto-enthousiastes.


