L’élu américain Ro Khanna veut interdire aux responsables politiques, y compris le président, sa famille et les membres du Congrès, de négocier des actions ou des cryptos. Il dénonce un conflit d’intérêts majeur à l’ère de la tokenisation. Il a relié son initiative aux liens entre la Maison-Blanche et World Liberty Financial (WLFI), le projet crypto associé à la famille Trump.
Un coup de frein qui vise le sommet de l’État
Plus de trading pour les élus, y compris au plus haut niveau de l’exécutif. Khanna affirme que la frontière entre régulation et intérêts privés devient intenable lorsque ceux qui rédigent les règles investissent dans les mêmes marchés volatils qu’ils supervisent, y compris la crypto. Il réclame donc une interdiction de détention et de négociation d’actifs numériques et d’actions individuelles pour tous les responsables élus.
The pardon of Zhao is corrupt.
I explain simply what's going on.
I am today introducing legislation to ban the president, his family, members of Congress, and all elected officials from trading crypto or stocks. @unusual_whales has been sounding the alarm on this for years. pic.twitter.com/OgibgdnqkK
— Ro Khanna (@RoKhanna) October 27, 2025
Cette initiative intervient alors que Donald Trump a gracié Changpeng “CZ” Zhao, fondateur de Binance. Cela relance les critiques sur un alignement politique favorable au secteur. La mesure de clémence a confirmé aux yeux des opposants que la crypto est désormais un dossier de pouvoir, où la perception d’un traitement de faveur pèse lourd.
Khanna a explicitement relié sa proposition à WLFI, l’écosystème crypto piloté par la famille Trump, dont l’essor et la préparation d’un stablecoin en font un symbole du chevauchement entre intérêts privés et politiques publiques. Dans son argumentaire, c’est ce nœud d’incitations qui justifie une barrière nette entre élus et marchés, crypto comprise.
Pourquoi l’éthique rattrape la crypto à Washington
Le débat sur le trading des élus ne date pas d’hier. Mais la montée en puissance de la crypto lui donne une dimension nouvelle. Au Sénat, un texte bipartisan visant à bannir le trading des membres a déjà progressé en commission cet été, preuve que l’idée dépasse les clivages traditionnels. À la Chambre, d’autres propositions consolident le même objectif.
Dans la pratique, l’explosion des produits crypto, des stablecoins et de la tokenisation multiplie les angles morts. Un élu siégeant sur une commission financière peut influencer indirectement l’adoption de règles favorables à son propre portefeuille numérique. La défiance publique se nourrit de ces coïncidences, même lorsqu’elles respectent la lettre de la loi.
La dimension “marché 24/7” de la crypto aggrave cet effet de loupe. Là où l’équité boursière s’appuie sur des fenêtres de cotation et des régimes de divulgation, l’univers on-chain, lui, réagit à la seconde aux signaux politiques. L’accès privilégié à l’information politique devient alors, à tort ou à raison, un soupçon de front-running institutionnel.
Le projet World Liberty Financial a cristallisé les critiques. Après le lancement du jeton de gouvernance WLFI, l’équipe a annoncé USD1, un stablecoin adossé au dollar et aux bons du Trésor. Cette initiative qui place directement la famille présidentielle au centre d’un marché régulé par des agences fédérales. Les annonces de partenariats et d’investissements étrangers ont renforcé la sensation d’un télescopage entre géopolitique, finance et pouvoir.


