Le Kazakhstan a frappé fort. 130 plateformes liées à la crypto ont été fermées en 2025 et 16,7 millions de dollars ont été saisis, signe d’un encadrement qui se durcit alors même que le pays affiche une posture pro-innovation.
Un message au marché crypto
L’Agence de surveillance financière (AFM) a démantelé 130 plateformes crypto impliquées dans des schémas de blanchiment. Le but est de couper les circuits gris sans freiner l’activité licite. À la clé, 16,7 millions de dollars d’actifs numériques saisis, et un rappel que la tolérance zéro s’applique désormais aux “échangeurs” hors-cadre.
Cette poussée répressive s’inscrit dans la continuité. 36 plateformes avaient été fermées en 2024, mais l’ampleur 2025 change d’échelle. L’AFM a aussi communiqué la confiscation de 642 000 $ issus d’opérations minières illégales. On n’est pas sur la fermeture de CEX régulés, mais bien d’intermédiaires qui opèrent comme des bureaux de change crypto, loin des standards KYC/AML.
Dans le même temps, le régulateur de l’AIFC, l’AFSA, maintient un registre public des prestataires autorisés. On y voit des acteurs établis, dont Bybit, présents sous licence locale, pendant que d’autres restent en instruction. La ligne est nette : porte ouverte aux acteurs conformes, porte close aux échangeurs sauvages.
Nouvelles règles AML
Pour tarir les canaux d’alimentation des flux illicites, le pays introduit une vérification obligatoire du numéro d’identification individuel (IIN) pour toute recharge de carte bancaire au-delà de 500 000 tenge (environ 925 $). Cette brique KYC, annoncée publiquement, vise les opérations de gros qui servaient d’appoint aux échangeurs non licenciés.
D’un côté, la crypto reste la bienvenue, à condition d’emprunter des rails conformes. De l’autre, les ponts entre cash, cartes et actifs numériques deviennent traçables, avec des contrôles qui s’automatisent. Pour les utilisateurs, cela signifie plus de formalités en amont, moins de zones grises en aval.
À court terme, ces garde-fous peuvent ralentir certaines habitudes locales, mais ils normalisent l’accès au marché crypto. À moyen terme, ils réduisent le risque systémique pour les banques partenaires et facilitent l’arrivée de liquidités institutionnelles. C’est un arbitrage assumé. De la friction maintenant pour plus de profondeur demain.
Un virage pro-crypto mais sur voie balisée
Ce durcissement ne contredit pas la stratégie pro-innovation d’Astana. Le pays a déjà ouvert le paiement de certains frais réglementaires en stablecoins, une passerelle pratique entre finance traditionnelle et rails blockchain sous contrôle de l’AFSA. Ce choix pratique ancre la crypto dans les processus administratifs, pas dans l’ombre.
Le Kazakhstan a aussi lancé le premier ETF Bitcoin spot d’Asie centrale, coté à l’Astana International Exchange (BETF), avec une conservation assurée par un dépositaire international. Ce jalon crédibilise la thèse d’un marché local où l’investissement crypto peut passer par des produits régulés et audités.
Le dernier niveau du dispositif correspond à un projet de réserve crypto appuyé par l’État. L’orientation politique se dessine clairement, tandis que la mise en œuvre progresse par étapes successives. Une partie des saisies pourrait-elle venir renforcer ce stock stratégique ? Les discussions se poursuivent, mais le cadre définitif reste à consolider.
Conséquences pour les utilisateurs, les mineurs et la liquidité crypto
Pour les particuliers, l’immédiateté des fermetures peut compliquer les habitudes d’échange P2P ou via des “cambiadores” non déclarés. L’apprentissage passera par les plateformes dûment licenciées, avec des procédures KYC plus strictes et une meilleure protection juridique en contrepartie. À l’arrivée, l’expérience est plus standardisée, donc plus lisible.
Pour la liquidité locale, le court terme est souvent haché. Migration des volumes, spreads qui s’élargissent, puis normalisation au fil de l’onboarding chez les acteurs régulés. Les CEX enregistrés, eux, gagnent en crédibilité et en part de marché, au bénéfice d’un carnet d’ordres plus profond et d’une meilleure intégration bancaire.
Côté minage, l’AFM a rappelé que l’énergie subventionnée et l’opacité n’ont plus leur place. Les saisies liées aux opérations illégales le confirment. Les mineurs conformes, raccordés et identifiés, peuvent continuer d’opérer ; les autres s’exposent à la fermeture pure et simple et à la confiscation des revenus.


