L’idée fait son chemin au cœur du système monétaire. Bitcoin pourrait rejoindre l’or sur les bilans des banques centrales à l’horizon 2030. La question n’est plus seulement théorique. Elle se nourrit d’un contexte d’or record, d’un bitcoin qui mûrit, et d’un précédent politique américain qui change la donne.
Un signal clair venu de Deutsche Bank
Deutsche Bank estime que bitcoin rejoindra l’or sur de nombreux bilans de banques centrales d’ici 2030, non pas pour le remplacer, mais pour coexister comme couverture complémentaire. L’argumentaire s’appuie sur la rareté, la liquidité croissante, la valeur stratégique et une corrélation limitée aux autres classes d’actifs. Dit autrement, la banque projette l’ascension de bitcoin sur le modèle du métal jaune, étape par étape.
Cette lecture s’inscrit dans un moment de marché particulier. La volatilité de trente jours de Bitcoin a reculé à des creux historiques cet été, alors même que le prix dépassait 123 500 $, signe d’une transition vers un actif moins spéculatif et plus institutionnel. En effet, l’infrastructure et les usages s’épaississent, la courbe d’apprentissage des investisseurs aussi.

Toutefois, ni l’or ni Bitcoin n’ont vocation à détrôner le dollar en tant que monnaie de réserve mondiale, insiste la note. Il s’agit plutôt, pour les banques centrales, d’élargir la palette de leurs coussins de sécurité face à l’inflation, au risque géopolitique et aux régimes de taux changeants.
Pourquoi l’or reste l’étalon et trace le chemin
Si bitcoin prétend à la réserve, c’est aussi parce que l’or vient d’offrir un manuel en temps réel. En septembre, le métal a inscrit de nouveaux records, porté par des achats massifs de banques centrales et un regain d’intérêt des investisseurs. Cette demande officielle, au plus haut depuis des décennies, a bouleversé l’équilibre du marché et sécurisé la réputation de l’or comme actif de sang-froid dans la tempête.
Les chiffres confirment la tendance de fond. D’après le World Gold Council, les banques centrales ont ajouté plus de 1 000 tonnes par an à leurs réserves durant trois années consécutives. Il s’agit d’un rythme très supérieur à la décennie précédente. Même si le flux mensuel varie, la motivation stratégique persiste. Objectif ? réduire la dépendance au dollar et renforcer des bilans en période d’incertitude.
Cette réalité dessine un couloir pour bitcoin. Lorsque des institutions souveraines réallouent vers un actif rare, non corrélé et mondialement liquide, elles installent un cadre intellectuel dont la crypto-réserve pourrait profiter. D’où l’intuition de Deutsche Bank. L’or montre le cap, bitcoin s’y aligne progressivement, sans dissonance mais avec ses propres contraintes.
Le précédent américain change la donne pour bitcoin
La politique peut accélérer l’histoire. Le 6 mars 2025, un décret présidentiel a institué aux États-Unis une « Strategic Bitcoin Reserve » et un « Digital Asset Stockpile ». Le texte précise que les BTC gouvernementaux transférés dans cette réserve ne doivent pas être vendus et deviennent des actifs de réserve gérés selon l’intérêt public. Ce geste ne vaut pas encore doctrine universelle, mais il institue un précédent d’État.
Dans la foulée, le Congrès a enregistré le « BITCOIN Act », un projet de loi visant à encadrer cette réserve stratégique et à organiser une gestion transparente des avoirs en Bitcoin du gouvernement fédéral. Le processus législatif suit son cours, mais la direction consiste à clarifier, codifier, normaliser. Pour des banques centrales observatrices, l’exemple américain sert de test grandeur nature.
Le lobbying pro-réserve s’organise, lui aussi, au grand jour. Des dirigeants de l’industrie, dont Michael Saylor, ont récemment rencontré des élus à Washington pour faire avancer ce cadre stratégique. À défaut d’emporter une adhésion instantanée, ces signaux politiques agrègent de la crédibilité autour de la classe d’actifs.
