La Banque centrale européenne ne parle plus seulement d’euro numérique. Dans un discours récent, Piero Cipollone a expliqué que la tokenisation offre une occasion rare de bâtir un marché européen des actifs numériques, pensé comme une véritable union des marchés de capitaux en version digitale.
Pourquoi la BCE veut-elle un marché européen des actifs numériques ?
NEW: EUROPEAN CENTRAL BANK EXECUTIVE BOARD MEMBER PIERO CIPOLLONE SAYS “TOKENISATION CREATES A RARE OPPORTUNITY TO DESIGN A EUROPEAN MARKET FOR DIGITAL ASSETS THAT IS INTEGRATED FROM THE OUTSET, IN OTHER WORDS, A DIGITAL CAPITAL MARKETS UNION”
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— DEGEN NEWS (@DegenerateNews) December 8, 2025
Pour Cipollone, l’Europe reste en retard sur les marchés de capitaux. Les infrastructures post-marché restent fragmentées, pays par pays. Les coûts de règlement et de conservation en portent la trace. Les investisseurs paient plus cher qu’en Amérique du Nord pour faire circuler leurs titres.
Dans ce contexte, la tokenisation ne représente pas seulement une innovation technique. Elle devient aussi un levier politique. Selon lui, l’Europe peut profiter de ce basculement pour créer, dès le départ, un marché intégré des actifs tokenisés, avec des règles communes et une infrastructure tournée vers le continent. L’idée est claire : éviter que les standards viennent d’ailleurs et que le marché se structure autour de solutions non européennes. Sur un sujet connexe, la BCE pensent que les stablecoins peuvent déstabiliser le système financier.
Quel rôle jouent la tokenisation et l’argent de banque centrale ?
La BCE part d’un constat simple. La tokenisation permet de réunir émission, négociation, règlement et conservation sur un même environnement digital. Cela réduit les frictions, les chaînes d’intermédiaires et les délais de règlement. En théorie, les marchés deviennent plus fluides, plus rapides et plus programmables.
Cependant, Cipollone souligne un risque majeur. Si ces marchés tokenisés se construisent autour de stablecoins privés ou d’avoirs de règlement fragmentés, la liquidité se disperse. Les acteurs doivent gérer plusieurs jetons, plusieurs standards, plusieurs plateformes. En période de stress, la promesse de convertibilité peut aussi être mise à l’épreuve. Pour la BCE, la solution passe donc par l’argent de banque centrale tokenisé, ancré dans l’euro et disponible sur les nouvelles infrastructures.
Que prévoient les projets Pontes et Appia de l’Eurosystème ?
Pour rendre cette vision concrète, la BCE avance sur deux chantiers. Le premier, Pontes, doit servir de pont entre les plateformes DLT du marché et les services TARGET existants. L’objectif consiste à permettre le règlement de transactions sur actifs tokenisés en monnaie de banque centrale, dès le troisième trimestre 2026. Pontes s’appuie sur l’infrastructure actuelle, ce qui limite les coûts et maintient les standards de sécurité et de résilience.
Le second chantier, Appia, va plus loin. Il explore la possibilité d’un écosystème européen unifié pour les actifs numériques. Deux approches sont mises sur la table. La première consiste en un grand registre partagé, capable de réunir monnaie de banque centrale, dépôts bancaires et autres actifs sur une même plateforme. La seconde mise sur un réseau de plateformes interopérables, reliées entre elles par des standards communs. Dans les deux cas, la BCE veut garder le rôle d’ancre de règlement, tout en laissant au secteur privé la construction des services et des modèles économiques.
Quelles conséquences pour les cryptos, les stablecoins et les investisseurs ?
Pour le marché crypto au sens large, le message reste nuancé. Cipollone ne cherche pas à interdire les initiatives privées, mais il refuse que l’Europe devienne dépendante de stablecoins en dollars pour le règlement des gros flux. À ses yeux, cela recréerait une dépendance similaire à celle qui existe déjà dans les paiements de détail, dominés par des solutions non européennes.
Pour les investisseurs, cette stratégie pourrait accroître l’offre d’instruments numériques en euro, adossés à des infrastructures publiques. On parle ici d’obligations tokenisées, de parts de fonds, de titres de créance ou de dépôts tokenisés, réglés directement en euro de banque centrale. À terme, cela peut favoriser l’émergence d’une véritable union des marchés de capitaux numériques, avec plus de profondeur, plus de liquidité et moins de frictions transfrontalières. Reste une inconnue majeure : la capacité des acteurs privés à s’aligner sur ces rails européens, plutôt que de bâtir leurs solutions sur des stablecoins globaux et des plateformes étrangères.
