La France apparaît désormais parmi les pays qui détiennent des actifs numériques. Selon plusieurs sources concordantes, l’État détiendrait plus de 300 cryptomonnaies. Ce stock ne résulte pas d’une stratégie d’investissement. Il provient des saisies et confiscations pénales réalisées ces dernières années. Faut-il vendre rapidement ces actifs, ou au contraire les conserver, à l’image de l’or ? Le débat s’installe.
D’où viennent ces cryptos ? Le rôle de l’AGRASC
🇫🇷 L'Etat français détiendrait plus de 300 cryptomonnaies, comprenant majoritairement du Bitcoin.
C'est en tout cas ce que révèle le rapport de 2024 de l'AGRASC, l'Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués, un organisme chargé de conserver les… pic.twitter.com/GDJ3N41UvE
— Goku 🗞 (@Crypto__Goku) October 6, 2025
La détention publique s’explique par le travail de l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC). Cette agence rattachée au ministère de la Justice gère les biens saisis dans les procédures pénales : comptes, biens mobiliers, œuvres d’art, véhicules, mais aussi actifs numériques. Concrètement, lorsqu’une enquête aboutit à la saisie de cryptomonnaies, l’AGRASC en organise la conservation sécurisée jusqu’à l’issue de la procédure.
Lorsque la justice ordonne la confiscation, l’agence peut procéder à la liquidation des avoirs. Les fonds sont ensuite reversés selon les règles en vigueur : indemnisation des victimes, dotations au budget de l’État, ou affectations prévues par la loi. En pratique, la conservation est donc temporaire. Elle dépend du calendrier judiciaire, de l’état des recours et de l’organisation matérielle des ventes. D’où une photographie mouvante : le nombre d’actifs peut varier fortement d’un trimestre à l’autre.
Que recouvre le chiffre « plus de 300 » ?
Le volume annoncé renvoie au nombre de cryptomonnaies différentes présentes dans les portefeuilles sous contrôle public. Il ne s’agit pas de « 300 bitcoins ». On parle bien de plus de 300 types d’actifs : grandes capitalisations, stablecoins et une multitude d’altcoins saisis au fil des dossiers. Par ailleurs, la composition change au gré des liquidations et des nouvelles saisies. Ainsi, un même actif peut n’être présent que quelques semaines avant d’être vendu aux enchères.
La France a d’ailleurs déjà vendu publiquement des cryptomonnaies, notamment du Bitcoin, lors d’enchères judiciaires. Ces opérations illustrent la mécanique : la justice tranche, l’AGRASC organise, puis l’État cède les actifs dans un cadre transparent. Entre-temps, le nombre d’actifs recensés dans les portefeuilles officiels peut bondir ou reculer. C’est l’une des raisons pour lesquelles les estimations divergent selon les périodes et les méthodes de comptage.
Vendre rapidement, ou conserver comme l’or ?
La question « vendre ou conserver » oppose deux visions. D’un côté, les partisans d’une cession rapide invoquent la sécurité juridique et la gestion du risque. Les cryptos restent volatiles. Plus l’État les garde longtemps, plus il s’expose à une dépréciation ou à une attaque opérationnelle. De plus, la mission de l’AGRASC n’est pas d’arbitrer des positions de marché, elle vise à préserver la valeur, puis à restituer ou liquider conformément aux décisions de justice.
De l’autre, certains défendent une conservation partielle, à l’image d’un actif stratégique. Leur argument : les cryptomonnaies s’installent dans l’économie numérique. Les céder trop vite ferait perdre un potentiel de plus-value ou un rôle symbolique dans la modernisation financière du pays. Toutefois, cette position se heurte à la réalité juridique : le cadre actuel privilégie la liquidation et la traçabilité des recettes, non la constitution d’une réserve souveraine en actifs numériques.
La France, « 7e » détentrice de bitcoins ? Ce qu’il faut comprendre
Des classements circulent et placent la France parmi les principaux détenteurs publics de bitcoins. Ils reposent sur des estimations issues de bases d’enchères, d’annonces judiciaires et d’analyses de portefeuilles liés à des saisies. Il faut toutefois rester prudent. D’abord, les wallets officiels ne sont pas publics. Ensuite, les stocks évoluent avec chaque vente ou nouvelle saisie. Enfin, le périmètre diffère selon les méthodes : certains comptent les actifs en instance de liquidation, d’autres seulement ceux déjà confisqués.
En clair, la France peut figurer dans le haut du tableau à un moment donné, puis reculer après une série de ventes. Cette volatilité ne dit rien d’une stratégie d’épargne en bitcoins. Elle reflète l’activité répressive et la cadence des procédures. Le seul point stable : l’État n’achète pas de cryptos pour son compte. Il en détient parce qu’il en saisit.
