Le secteur des stablecoins est dominé par Tether et USDC. L’un comme l’autre ont fondé une véritable hégémonie grâce à leurs stablecoins indexés sur le dollar américain. Mais aujourd’hui, compte tenu des environnements réglementaires fragmentés, ces stablecoins sont confrontés à un nouveau challenge.
Tether, Circle, Ethena et les divers autres émetteurs de stablecoins devront résoudre un casse-tête. Comment étendre l’influence de leurs stablecoins vedettes en répondant aux normes réglementaires de divers territoires ? Faut-il envisager l’éclatement de leur offre au risque de créer une brèche pour d’autres concurrents ?
Quand l’universalité des stablecoins devient un obstacle
L’un des grands arguments marketing des stablecoins, c’est qu’ils sont censés fonctionner comme des devises fiat. Autrement dit, ils sont censés avoir une valeur définie, prévisible et stable. Mais par-dessus tout, ils peuvent être utilisés pour régler des transactions instantanément.
Pour les usagers, les stablecoins sont simplement l’équivalent en cryptomonnaie des devises fiat auxquelles ils sont adossés. Mais, pour les émetteurs, ce n’est pas nécessairement le cas. En effet, chaque devise doit répondre aux normes réglementaires des organismes monétaires qui les gouvernent.
C’est là que l’adoption globale des stablecoins se heurte aux réglementations variées. Tandis qu’un particulier en Bolivie peut utiliser USDT au quotidien sans être inquiété, un résident de l’Union européenne pourra bientôt être tenu d’utiliser des stablecoins réglementés. Et ce, même s’il ne s’agit pas de stablecoins adossés à l’euro.
Des règles différentes pour les mêmes stablecoins
En vertu des règles de la MiCA, les émetteurs de stablecoins doivent justifier de garanties auprès des dépositaires externes de confiance. Par exemple, Circle s’assure que les réserves de son stablecoin EURC sont conservées à 100 % dans des banques de réserve de premier plan. Il s’agit là de banques européennes auprès desquelles la liquidité est conservée.
Mais à ce jour, USDC ne détient que 9,9 milliards $ en liquidités auprès de banques de réserve. Tandis que le reste des 74 milliards $ en circulation sont garantis par le Circle Reserve Fund. Ce fonds est essentiellement composé de titres du Trésor américain.

C’est là que le casse-tête se pose. Tandis que EURC est conforme aux réglementations de la MiCA, USDC ne l’est pas. Il en va de même pour USDT de Tether qui est encore moins en règle vis-à-vis de la norme européenne. Sans oublier que d’autres normes relatives à l’utilisation qui peut être faite de ces stablecoins peuvent diverger d’une région à l’autre.
Autrement dit, les stablecoins qui sont actuellement utilisés sans considération de frontières. Mais, au fur et à mesure que les divers territoires élaborent leurs cadres réglementaires, les stablecoins tombent de plus en plus dans l’irrégularité réglementaire.
Des stablecoins dérivés : un risque de cannibalisation ?
Une solution consisterait à émettre des variantes différentes de leurs stablecoins pour les différents territoires. Autrement dit, USDC pourrait avoir une version américaine de son USDC et une version européenne.
Mais ceci se répercuterait sur l’ensemble de l’écosystème DeFi. En effet, les protocoles seraient certainement tenus de créer des pools de liquidité distincts pour les variantes d’un même stablecoin. Sans oublier qu’une telle fragmentation d’USDC ouvrirait certainement la voie à d’autres stablecoins qui cherchent à obtenir cette position dominante.

Pour certains investisseurs, les différences de valeur entre les variantes du même stablecoin pourraient devenir des occasions d’obtenir un rendement sur les marges.
En décembre 2024, USDT était déjà devenu illégal en Europe en raison du manque de conformité avec la MiCA. Et même aux USA, Tether n’était plus officiellement installé. Pour réinvestir le marché américain, Tether a récemment déployé son nouveau stablecoin USAT.
Il ne serait donc pas surprenant que la firme choisisse d’en faire de même pour repartir à la conquête des autres territoires où son stablecoin vedette n’est plus aux normes. Notons cependant que, pour l’instant, USDT a bénéficié d’une adoption massive dans les pays émergents. Des régions dans lesquelles la réglementation des stablecoins traîne à venir.
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