Satoshi Nakamoto détiendrait environ 1,096 million de bitcoin. C’est un trésor issu du minage des premières années et jamais bougé depuis 2010. À l’heure où l’informatique quantique progresse, une question s’installe. Ce pactole peut-il être visé en priorité ?
Bitcoin : ce que disent les chiffres
Satoshi a accumulé près de 22 000 blocs minés entre 2009 et 2010, soit environ 1,096 million de BTC, selon l’agrégateur Arkham. Cette estimation s’appuie sur le « Patoshi pattern ». Il s’agit d’une une empreinte de minage singulière qui relie des lots d’adresses aux activités du tout début du réseau.
Aucune de ces bitcoins n’a été déplacée depuis 2010. À la valorisation actuelle du marché, on parle d’un patrimoine de l’ordre de cent milliards de dollars.
La taille colossale de cette position lui confère un poids psychologique majeur. Le simple frémissement d’une rumeur de mouvement déclenche habituellement des réactions en chaîne sur la liquidité et le levier. Le silence des portefeuilles associés à Satoshi entretient donc, paradoxalement, la stabilité narrative.
Mais ce calme apparent masque une fragilité structure : la forme de certains scripts utilisés à l’époque. Nombre de sorties très anciennes ne masquent pas la clé publique comme les adresses modernes. Elles l’exposent directement dans la chaîne. Or, en crypto, montrer sa clé publique n’est pas un problème jusqu’au jour où un adversaire peut en déduire la clé privée.
Pourquoi la menace quantique vise d’abord les anciens bitcoins
Le cœur du risque tient à l’algorithme de signature elliptique (ECDSA/Schnorr) employé par bitcoin. Un ordinateur quantique pertinent, exécutant l’algorithme de Shor à grande échelle, pourrait résoudre le problème du logarithme discret et dériver des clés privées à partir de clés publiques. Les pièces dont la clé publique est déjà révélée deviennent alors des cibles naturelles.
Historiquement, une partie des sorties très tôt dans Bitcoin furent payées « vers la clé publique » (P2PK), et non « vers le hash de la clé publique » (P2PKH). Dans le premier cas, la clé publique est visible dès l’émission, donc attaquable dès qu’un ordinateur quantique suffisant existe. Dans le second, elle reste cachée tant que la pièce n’est pas dépensée, ce qui retarde l’exposition. C’est la raison pour laquelle les stocks anciens, souvent très riches, concentrent le risque.
En pratique, cela signifie que les bitcoins de Satoshi ne sont pas protégés par l’« opacité par défaut » des adresses modernes. Si une transition vers des schémas post-quantiques tardait et qu’un attaquant atteignait un seuil de capacité, la valeur symbolique et financière de ces sorties en ferait des cibles de premier rang. Les développeurs le savent. Dans les plans de mitigation, les dormants non dépensés depuis des années constituent une catégorie critique.
Deux à huit ans ? Une fenêtre controversée
Le gestionnaire Charles Edwards pousse le scénario jusqu’au bout : selon lui, « les coins de Satoshi seront déversés sur le marché » et « le quantique cassera Bitcoin dans 2 à 8 ans », d’où l’urgence d’un upgrade. Son message, viral, agit comme un électrochoc : si le calendrier est juste, la fenêtre pour migrer serait étroite.
Satoshi's coins will be market dumped. In 2-8 years Quantum will break Bitcoin. These are scientifically calculated timelines. We must upgrade Bitcoin NOW. We are running out of time.
What are you doing about it?
Come to my @token2049 talk: 10:45am, Wed 1 Oct!
"Thank you for… pic.twitter.com/b4GR3S4Qjc
— Charles Edwards (@caprioleio) September 26, 2025
D’autres voix tempèrent. Les acteurs industriels rappellent que, malgré des percées, les machines actuelles ne sont pas capables de briser la cryptographie moderne. Il faudrait des millions de qubits stables et corrigés d’erreurs, très au-delà des capacités publiées à ce jour.
Autrement dit, la menace est crédible mais pas immédiate. Le vrai risque, c’est qu’on stocke aujourd’hui des données chiffrées pour pouvoir les déchiffrer plus tard, quand la technologie le permettra.
Peut-on protéger bitcoin à temps ?
Bitcoin peut évoluer. Une migration vers des signatures résistantes au quantique est envisageable. Les débats portent moins sur la possibilité que sur les compromis.
Le défi social, lui, est redoutable. Coordonner des millions d’utilisateurs, réveiller des coins dormants, et fixer des délais sans créer de panique demanderont de la pédagogie et une gouvernance informelle solide. Satoshi n’a pas parlé ni touché à ses bitcoins depuis 2010.
Ses bitcoins, racontent l’histoire d’un réseau né sur quelques ordinateurs portables, devenu une infrastructure mondiale. La meilleure protection contre un futur quantique n’est ni la panique ni l’aveuglement, mais une mise à niveau ordonnée, alignée sur les standards ouverts.

