Le débat n’est pas nouveau, mais le timing fait tout. En pleine volatilité, Jim Cramer réclame une trêve dans la montée sans fin de la spéculation, citant l’or, la crypto et les entreprises non rentables. Le marché, lui, réagit à contre-pied : beaucoup y lisent un signe haussier.
Un tweet, un réflexe
Ce 22 septembre 2025, Cramer a posté sur X qu’il voudrait voir une pause dans le rallye sans fin de la spéculation, en visant explicitement l’or, la crypto et les sociétés déficitaires. Quelques minutes ont suffi pour rallumer le mème » Inverse Cramer », cette lecture contrarienne où l’avis du présentateur sert d’indicateur à l’envers.
I would like to see a pause in the endless rally of speculation, gold. crypto and profitless companies
— Jim Cramer (@jimcramer) September 22, 2025
La réaction a été immédiate dans la sphère crypto. Des observateurs ont ironisé que c’était « peut-être le message le plus optimiste de septembre », remerciant Cramer par avance pour la hausse attendue.
Ce réflexe s’enracine dans un historique chahuté. Des erreurs restées célèbres, comme la défense de Bear Stearns juste avant sa chute, ont nourri une réputation contrarienne dont Internet s’est emparé.
L’appel de Cramer intervient alors que Bitcoin recule sous 113 000 $ ce lundi, dans le sillage d’une vague de liquidations, tandis que les métaux précieux reprennent l’ascendant intrajournalier. La photographie du jour montre un or en hausse et un BTC en retrait. Un contraste facilement lisible sur un horizon très court.
Au-delà de l’instantané, la trajectoire de l’or reste remarquable. Le métal jaune enchaîne les records autour de 3 700 $/oz, porté par les achats des banques centrales et le regain des flux vers les ETF. Ce régime de prime de sécurité explique qu’il surperforme ponctuellement les actifs risqués quand la macro se crispe.
Côté crypto, il faut rappeler que septembre avait démarré en fanfare avant ce coup de froid. Preuve qu’on reste dans un marché directionnel mais nerveux, sensible aux flux ETF, aux attentes de la Fed et à la liquidité globale. Le message de Cramer s’insère donc dans un climat déjà contrasté plutôt que de le créer.
Folklore ou signal crypto ?
Le « Inverse Cramer » fait sourire, mais vaut mieux qu’un clin d’œil si l’on replace l’anecdote dans le temps long. En 2022, une équipe a tenté d’institutionnaliser la blague via un ETF « inverse Cramer », fermé début 2024. Autrement dit, le mème amuse, l’arbitrage durable est moins évident. Le bruit médiatique n’est pas une stratégie.
L’épisode Bear Stearns, devenu un mème fondateur, illustre surtout un biais de sélection. On retient surtout ce qui frappe. Dans la vraie vie, l’influence de Cramer peut produire des « Cramer Bounce » à court terme, parfois dans le sens du trade, parfois non, selon la profondeur du carnet et l’humeur du marché. Réduire un cycle crypto à un tweet, c’est confondre anecdote et tendance.
Reste que les cycles aiment les récits simples. En crypto, la mécanique réflexive est puissante. Si suffisamment d’acteurs croient à un signal inverse, l’effet performatif peut déclencher un rebond technique. Mais ce rebond se heurte vite à des niveaux concrets : zones de liquidations, bandes de gamma sur options, calendrier macro. Le folklore donne le tempo, la microstructure joue la partition.
L’épisode raconte davantage notre besoin de grilles de lecture rapides que l’état réel du marché. La crypto respire, l’or attire, Wall Street s’ajuste. Le tweet de Cramer agit surtout comme miroir de ces forces, et parfois comme allumette. S’il devait y avoir un signal, il est moins dans la phrase que dans la réaction collective qu’elle déclenche.

