Le Fonds monétaire international vient de publier un rapport de 56 pages consacré aux stablecoins. L’institution y reconnaît leurs avantages pour les paiements et l’inclusion financière. Cependant, elle prévient aussi que ces jetons indexés, surtout en dollars, pourraient déstabiliser la politique monétaire de nombreux pays et accélérer une nouvelle forme de “dollarisation numérique”.
Que dit vraiment le rapport du FMI sur les stablecoins ?
Stablecoins have the potential to reshape cross-border payments and capital flows. They offer opportunities, but also bring new risks—financial integrity, regulatory oversight, consumer protection, capital flow management, monetary sovereignty, and more. Learn more:… pic.twitter.com/cOlZKuqLDF
— IMF (@IMFNews) December 4, 2025
Le rapport commence par un constat simple. Les stablecoins ont vu leur encours plus que doubler en deux ans, pour dépasser les 300 milliards de dollars. Ils ne servent plus seulement de pont entre exchanges. Ils sont de plus en plus utilisés pour des paiements, des transferts internationaux et parfois comme réserve de valeur.
Le FMI souligne d’abord les bénéfices. Les stablecoins permettent des transactions rapides, peu coûteuses et disponibles 24h/24. Ils ouvrent aussi l’accès à des services financiers pour des populations mal bancarisées. Toutefois, ces atouts s’accompagnent de risques macroéconomiques sérieux, selon l’institution. Elle pointe notamment la concentration du marché, dominé presque exclusivement par des jetons indexés sur le dollar américain. La BCE également craint une déstabilisation du système financier provoqué par les stablecoins.
Comment les stablecoins peuvent-ils affaiblir la politique monétaire ?
Le cœur de l’alerte porte sur la substitution monétaire. Autrefois, pour se tourner vers le dollar, les habitants d’un pays devaient ouvrir un compte à l’étranger ou manipuler du cash. Désormais, quelques clics suffisent pour détenir un stablecoin indexé sur le billet vert. Le FMI insiste sur ce point : ces jetons peuvent pénétrer très vite une économie grâce à Internet et aux smartphones.
Lorsque ménages et entreprises basculent massivement vers des stablecoins en dollars, la banque centrale perd une partie de son levier. Sa monnaie nationale circule moins, ses décisions de taux se transmettent plus difficilement à l’économie réelle. La gestion de la liquidité domestique devient plus complexe, tout comme la défense du taux de change. À terme, la souveraineté monétaire se réduit, surtout dans les pays déjà fragilisés par l’inflation et le manque de confiance.
Quels pays sont les plus exposés à cette « dollarisation numérique » ?
Le FMI estime que tous les pays ne sont pas égaux face à ce risque. Les économies avancées, dotées d’institutions solides et d’une monnaie stable, sont beaucoup moins vulnérables. En revanche, les États qui connaissent des épisodes d’hyperinflation ou de dépréciation rapide voient leurs citoyens se tourner naturellement vers des actifs en dollars, y compris sous forme de stablecoins.
Dans certaines régions, les encours de stablecoins progressent déjà plus vite que les dépôts en devises dans le système bancaire traditionnel. Les habitants y perçoivent ces jetons comme une protection pragmatique contre la dévaluation. Le FMI ne nie pas cet aspect “survie économique”. Il rappelle toutefois que, cumulés, ces choix individuels peuvent affaiblir durablement la capacité des banques centrales locales à stabiliser leur économie.
Vers quelle régulation mondiale des stablecoins se dirige-t-on ?
Face à cette montée en puissance, le FMI appelle à une réponse coordonnée. D’abord, il insiste sur la nécessité de politiques macroéconomiques solides. Tant que l’inflation reste élevée et que la confiance dans la monnaie locale est faible, la demande de stablecoins en dollars ne faiblira pas. La réglementation ne suffira donc pas si les fondamentaux restent fragiles.
Ensuite, l’institution propose un cadre de surveillance plus strict. Elle recommande des exigences claires sur la qualité des réserves, la convertibilité au pair, la gouvernance et la transparence. Elle déconseille aussi de donner à des actifs privés le statut de monnaie légale. En parallèle, de nombreux pays testent des monnaies numériques de banque centrale pour offrir une alternative publique aux stablecoins. Reste une question ouverte : ces solutions officielles séduiront-elles autant que des jetons privés, déjà intégrés aux usages du Web3 ? Le rapport du FMI ne ferme pas la porte à l’innovation, mais il prévient : sans garde-fous, les stablecoins risquent de déplacer le centre de gravité monétaire du monde au détriment des pays les plus fragiles.
