La Chine affirme que les États-Unis ont dérobé 127 000 BTC

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Pékin met directement en cause Washington. Le CVERC, l’agence chinoise en charge des incidents de cybersécurité, accuse les États-Unis d’avoir volé 127 272 bitcoins liés au piratage du pool de minage LuBian, des BTC que le ministère américain de la Justice revendique aujourd’hui comme saisis. Pour le bitcoin, l’affaire cristallise l’entrée des États-nations sur l’échiquier des réserves numériques.

Une accusation frontale qui vise l’État américain

Le CVERC affirme que l’accès aux 127 272 BTC de LuBian aurait été mené par une organisation de niveau étatique, et pointe les États-Unis, désormais contrôleurs des fonds. Le relais médiatique par Global Times a fait basculer le récit du mystère LuBian vers une hypothèse géopolitique ouverte.

À Washington, le Department of Justice ne parle pas de piratage mais de saisie. Une plainte en confiscation déposée mi-octobre revendique la propriété de 127 271 BTC attribués à l’homme d’affaires Chen Vincent Zhi, dans le cadre d’un dossier tentaculaire de fraude dite pig-butchering et de trafic de main-d’œuvre en Asie du Sud-Est. Le DOJ confirme, en revanche, que les bitcoins sont bel et bien en sa possession.

Surtout, les indices on-chain ont entretenu le soupçon : Arkham, Elliptic et d’autres firmes d’analytique ont documenté la trajectoire des bitcoins dormants depuis 2020 vers des adresses qu’elles associent aujourd’hui au gouvernement américain. Pékin y voit la preuve d’une opération d’État. Washington y voit la continuité de poursuites pénales.

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Le casse LuBian, anatomie d’un trou noir du bitcoin

Revenir au point de départ éclaire l’enjeu. Fin décembre 2020, près de 127 000 BTC sont balayés en quelques heures des wallets d’un pool alors classé dans le top 10 mondial. La valeur faciale, 3,5 milliards de dollars à l’époque, en ferait aujourd’hui un butin supérieur à celui de Mt. Gox en montant, même si moindre en nombre de pièces. Les analyses publiques évoquent un défaut d’entropie ayant facilité l’attaque des clés privées.

LuBian disparaît, les fonds ne bougent plus, puis réapparaissent par agrégations et nettoyages sporadiques jusqu’en 2024-2025. Au fil des mouvements, des acteurs blockchain notent des correspondances avec des entités gouvernementales américaines, sans révéler la méthode d’attribution, standard dans les enquêtes d’analytique. Cette opacité nourrit l’accusation chinoise.

La justice américaine, elle, rattache ces BTC à une manne criminelle plus large. Selon les documents et communiqués, l’empire de Chen Zhi aurait blanchi des flux massifs et financé un train de vie ostentatoire, justifiant saisies et futures confiscations. Qu’il s’agisse d’un vol ou d’une mesure d’exécution judiciaire, l’issue pratique est identique. En effet, les bitcoins ne reviendront pas à LuBian.

Réserves publiques de bitcoin

L’affaire survient alors que les gouvernements organisent leurs propres réserves de bitcoin. Les agrégateurs publics donnent aujourd’hui les États-Unis comme premier détenteur étatique.  La Chine reste en deuxième position, même si ces inventaires évoluent au gré des procédures et des découvertes on-chain. L’écart symbolise une bascule. Le bitcoin n’est plus seulement un actif de marché, c’est un stock stratégique disputé entre puissances.

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À Washington, la trajectoire est désormais assumée. En mars 2025, le président Donald Trump signe un décret établissant une « Strategic Bitcoin Reserve » capitalisée par les bitcoins déjà détenus par l’État via saisies et confiscations. L’exécutif précise alors qu’aucun achat budgétaire n’est prévu. L’enjeu est de conserver, d’auditer et d’organiser.

Au Congrès, la sénatrice Cynthia Lummis porte le BITCOIN Act, un projet de loi qui donnerait un cadre législatif à cette réserve stratégique. Le texte, plusieurs fois annoncé puis réintroduit, formalise l’idée qu’une part des BTC saisis doit être gérée comme un actif de réserve, avec transparence et règles de gouvernance dédiées. Là encore, l’alignement est clair : garder plutôt que vendre.

Pour Pékin, l’accusation adressée au rival américain est un message autant qu’un grief. Si l’État américain contrôle les BTC de LuBian, c’est qu’il joue à plein la carte de l’appropriation stratégique. Le bitcoin, mot-clé de cette séquence, devient outil d’influence, instrument de rétention de valeur et levier diplomatique. Dans ce cadre, qualifier la saisie de vol revient à contester l’hégémonie juridique des États-Unis sur des flux transnationaux.

Par lucie

Plongée dans l’univers du numérique depuis plus de dix ans, Lucie Moinet s’est rapidement passionnée pour les crypto-monnaies et les révolutions financières décentralisées. Attentive aux évolutions du Web3, elle aime décrypter les tendances et rendre accessibles des sujets souvent techniques. Souhaitant aider chacun à mieux comprendre les enjeux de la blockchain et à saisir les opportunités de cette nouvelle ère elle a décidé d'utiliser sa plume ou plutôt son clavier dans ce but.