Une partie des plus gros détenteurs de Bitcoin bascule de l’auto-conservation vers des ETF au comptant, emmenés par l’iShares Bitcoin Trust (IBIT) de BlackRock, qui revendique déjà plus de 3 milliards de dollars de conversions. Ce mouvement, nourri par des avantages fiscaux et un cadre réglementaire assoupli, rebat les cartes d’un ethos fondé sur « pas vos clés, pas vos bitcoins ».
Le basculement discret des baleines
Robbie Mitchnick, responsable des actifs numériques chez BlackRock, confirme à Bloomberg que des baleines convertissent leurs bitoins en parts d’IBIT à hauteur de plusieurs milliards. De l’autre, des observateurs constatent une première inflexion mesurable de la part du bitcoin conservé en auto-garde. Il s’agit d’un phénomène inédit sur quinze ans. L’addition raconte une histoire cohérente. La vieille garde cherche un écrin institutionnel.
The real reason for all the whale movements out of self-custody is simple: taxes.
We are witnessing the first decline in self-custodied Bitcoin in 15 years.
BlackRock's iShares spot Bitcoin ETF (IBIT) has facilitated over $3 billion worth of Bitcoin conversions from whales.… pic.twitter.com/yepXRbLozM
— Dr Martin Hiesboeck (@MHiesboeck) October 22, 2025
Martin Hiesboeck (Uphold) résume la logique froide du capital en mettant en avant la fiscalité et commodité. En effet, pour qui gère des montants à neuf chiffres, la promesse d’une tenue de marché robuste, d’une conformité irréprochable et de services d’emprunt ou de nantissement via l’écosystème financier traditionnel pèse plus lourd que la pureté cypherpunk. Son constat, « première baisse du BTC auto-conservé en 15 ans », illustre la vitesse du virage.
Le contexte de marché ne dément pas. Même après une séquence d’allers-retours sur les flux, les ETF Bitcoin au comptant restent la porte d’entrée dominante pour des capitaux institutionnels qui veulent l’exposition prix sans la friction opérationnelle de la garde directe. Les dernières journées d’inflows et d’outflows montrent surtout que ces véhicules sont devenus un thermostat de liquidité pour le marché du bitcoin.
L’arme secrète : les créations/rachats « en nature »
Le véritable catalyseur, c’est la bascule réglementaire américaine. Fin juillet 2025, la SEC a permis les créations et rachats en nature pour les ETP crypto. Concrètement, des participants autorisés peuvent livrer du bitcoin contre des parts d’ETF (et inversement) sans passer par des ventes cash, ce qui rapproche ces produits des ETF matières premières classiques. Pour les gros blocs, l’efficacité et la neutralité fiscale de la mécanique changent l’arbitrage.
Cette architecture n’est pas un gadget technique. Elle évite aux fonds d’avoir à liquider des actifs pour satisfaire des rachats. Cela réduit le risque de distributions de plus-values aux porteurs restés investis. En clair, moins de surprise fiscale collective, surtout pour les investisseurs long terme. C’est précisément ce point que soulignent à la fois praticiens des ETF et chercheurs en gouvernance d’entreprise.
Il faut garder la nuance. L’ETF « en nature » ne transforme pas magiquement la fiscalité individuelle de tout investisseur. Cela n’efface pas non plus les réalités comptables d’une position gagnante. Mais, au niveau du véhicule, la structure devient plus efficiente. Particulièrement quand l’actif sous-jacent est unique et non productif comme le bitcoin. Cette spécificité limite a priori le risque de distributions de plus-values récurrentes.
Bitcoin : pas vos clés, et maintenant ?
Rien n’empêche l’auto-garde, et l’open-source du protocole n’a pas changé. Mais sociologiquement, la majorité marginale qui fixe le prix à la marge se déplace vers des enveloppes où la détention se délègue. C’est une victoire de l’ingénierie produit et du droit fiscal plus qu’un reniement de la technologie.
Qui valorise l’autonomie, la résistance à la censure, l’usage on-chain et la confidentialité relative restera en auto-garde avec des outils comme Best Wallet. Il faut, par ailleurs, l’exigence opérationnelle que cela suppose.
Celui qui cherche surtout une exposition financière nette au bitcoin, intégrée au reste d’un portefeuille, acceptera la médiation des ETF et récoltera les gains d’efficacité associés. Les deux mondes coexisteront, mais l’équilibre se déplace.
Attendez-vous à davantage de produits, la SEC ayant aussi simplifié les standards de cotation pour de futurs ETF au comptant. L’industrie apprendra à vivre avec ce paradoxe. Plus de capitaux que jamais, mais moins de clés en poche. Satoshi n’avait sans doute pas prévu ce détour. Le marché, lui, ne s’en excuse jamais.


