L’automobile ne se résume plus aux moteurs électriques ni aux batteries longue durée. Désormais, certains constructeurs cherchent leur planche de salut du côté de la finance numérique. Faraday Future, concurrent malheureux de Tesla depuis près de dix ans, vient d’annoncer un virage inattendu : une stratégie centrée sur la crypto. Effet d’annonce ou vrai pivot stratégique ? La question reste ouverte.
Faraday Future, du rêve électrique au pari numérique
L’annonce a surpris. Faraday Future, connu pour son concept-car futuriste FFZERO1 et ses retards à répétition, veut désormais s’imposer dans les actifs numériques.
Cotée au Nasdaq, la société a dévoilé le C10 Index, un panier de cryptos pondéré par capitalisation, dominé par Bitcoin et Ethereum. Pour donner du poids à l’initiative, elle a déjà injecté 30 millions de dollars, avec l’ambition d’atteindre un milliard à terme.
Sur le papier, le pari semble paradoxal pour un constructeur en difficulté. Mais il illustre une tendance plus large : ces entreprises en perte de vitesse qui voient dans la crypto un moyen de rallumer l’intérêt des investisseurs. Et le timing n’est pas anodin : après une phase de chute, le marché reprend petit à petit des couleurs.
Il faut dire que Faraday Future n’a plus grand-chose à perdre. L’action a fondu de 98 % depuis son pic, victime du scénario classique des bulles SPAC. Les livraisons de voitures restent anecdotiques, les promesses non tenues. Miser sur la crypto ressemble donc autant à une fuite en avant qu’à une tentative visionnaire.
Une stratégie qui rappelle Tesla, mais pas tout à fait
Impossible de ne pas penser à Tesla. En 2021, Elon Musk avait créé la surprise en achetant 1,5 milliard de dollars de Bitcoin.
Aujourd’hui encore, Tesla détient plus de 11 500 BTC, ce qui en fait la onzième entreprise mondiale en trésorerie crypto. L’annonce avait propulsé le cours du Bitcoin et renforcé l’image d’avant-garde du constructeur.
Faraday Future reprend l’idée, mais en l’adaptant. Pas d’achat massif de bitcoin cette fois : l’entreprise préfère un indice diversifié. Message implicite aux investisseurs : moins de risques, plus de sérieux, une approche qui se veut “institutionnelle”. En clair, une tentative de se poser en acteur hybride, entre voiture électrique et finance numérique.
Reste que la comparaison avec Tesla est fragile. Musk avait d’abord construit une marque mondiale, des milliers de livraisons et un écosystème solide, avant de jouer la carte crypto. Faraday Future, elle, n’a pas encore franchi cette étape. L’écart est, pour l’instant, abyssal.
Crypto : plan de sauvetage ou coup de poker ?
La crypto peut-elle vraiment sauver Faraday Future ? Investir un milliard suppose une trésorerie robuste et une gestion du risque impeccable. Or, la société peine déjà à prouver qu’elle peut générer des revenus stables. On comprend le scepticisme.
Faraday Future (-100%) just launched a crypto strategy LOL https://t.co/vRcqNhuPmV pic.twitter.com/ZHZkHKiFlf
— matthew sigel, recovering CFA (@matthew_sigel) August 19, 2025
Il existe pourtant un scénario plus optimiste. Si le C10 Index séduit, Faraday Future pourrait se réinventer en double casquette : constructeur électrique et gestionnaire d’actifs numériques. Ce repositionnement pourrait séduire certains investisseurs, surtout ceux en quête d’innovation, ou d’un pari spéculatif.
Mais un écueil demeure. L’automobile reste un terrain où seuls comptent les usines, les livraisons et les chiffres de production. Les investisseurs peuvent écouter les promesses, mais ils finissent toujours par juger sur la réalité industrielle.
À l’opposé, la crypto vit d’anticipation, d’histoires et de confiance collective. Faraday Future marche donc sur une ligne fine : séduire les marchés avec sa stratégie numérique tout en prouvant, dans le même temps, qu’elle est encore capable de mettre des voitures sur la route.
Ce virage n’arrive pas dans le vide. Les murs qui séparaient les secteurs traditionnels de la finance numérique se fissurent. On voit des constructeurs tester les paiements en crypto et des géants de la tech investir dans des projets Web3. Ce qui paraissait incongru il y a encore cinq ans devient peu à peu un terrain de jeu commun, parfois brouillon, mais de plus en plus assumé.
Après les banques et les géants de la tech, voici donc les constructeurs automobiles. Ce qui paraissait marginal il y a encore quelques années devient une stratégie de diversification, parfois même de survie.

