Lancée dans un climat de surprise générale, l’entrée fracassante de Donald Trump dans l’univers des cryptomonnaies continue de provoquer de vives tensions à Washington.
Entre profits colossaux, soupçons de conflits d’intérêts et blocages législatifs, les projets crypto liés à la famille Trump sont devenus un sujet explosif au cœur du débat politique américain.
Le memecoin TRUMP, d’euphorie spéculative à polémique politique
Trois jours avant sa seconde investiture, en janvier dernier, Donald Trump a créé la surprise en annonçant le lancement de l’« Official Trump » (TRUMP), un memecoin reposant sur la blockchain Solana et directement associé à son image politique.
En quelques heures, le jeton a atteint une capitalisation boursière vertigineuse de 10 milliards de dollars, culminant à 73 $ l’unité. L’engouement a été tel que plus de huit millions de requêtes par minute ont saturé l’infrastructure du portefeuille Phantom.
Un an plus tard, le bilan est nettement moins glorieux. Le TRUMP s’échange aujourd’hui sous les 5 $, soit une chute d’environ 93 % par rapport à son sommet historique. Sa capitalisation reste néanmoins proche du milliard de dollars, ce qui en fait toujours l’un des plus importants memecoins du marché.
Mais au-delà de la performance financière, ce lancement a ravivé les critiques sur les conflits d’intérêts. Alors que Donald Trump est en exercice, sa famille continue d’exploiter plusieurs projets crypto, alimentant les accusations d’enrichissement personnel.
Pour certains acteurs du secteur, cette situation nuit directement à l’adoption institutionnelle des cryptomonnaies aux États-Unis.
Une guerre législative qui freine la régulation crypto
Les retombées politiques ne se sont pas fait attendre. Selon plusieurs analystes, les initiatives crypto de Trump servent désormais d’argument aux opposants pour ralentir, voire bloquer, les réformes législatives sur les actifs numériques.
Peter Chung, responsable de la recherche chez Presto Labs, estime que le memecoin TRUMP est devenu une distraction inutile qui affaiblit l’ensemble de l’industrie.
Les débats autour de la loi sur les stablecoins, connue sous le nom de GENIUS Act, en sont une illustration frappante.
En mai, la députée démocrate Maxine Waters a mené une sortie spectaculaire de parlementaires pour dénoncer ce qu’elle qualifie de « corruption crypto de Trump », exigeant l’intégration de clauses de désengagement dans le texte.
Dans la foulée, elle a présenté le projet de loi Stop TRUMP in Crypto Act of 2025, visant à interdire au président et aux membres de sa famille de détenir ou de tirer profit d’actifs numériques durant leur mandat.
World Liberty Financial et un empire crypto à plus d’un milliard de dollars
Le memecoin TRUMP n’est qu’une pièce d’un puzzle bien plus vaste. La famille Trump est également liée à World Liberty Financial, un acteur de la finance décentralisée qui a lancé sa propre plateforme de prêt et d’emprunt, ainsi qu’un stablecoin indexé sur le dollar, le USD1.
Selon Eric Trump, l’ensemble des activités crypto de la famille aurait déjà généré plus d’un milliard de dollars de profits, un chiffre qu’il juge lui-même probablement sous-estimé.
Leur participation dans le jeton WLFI aurait, à elle seule, accru leur patrimoine de plus de 6 milliards de dollars depuis le début des échanges.
Ces liens ont suscité une indignation croissante. Un dîner privé organisé par Donald Trump pour les 220 plus gros détenteurs de TRUMP, auquel participait notamment Justin Sun, fondateur de Tron, a été vivement critiqué par la sénatrice Elizabeth Warren, qui a dénoncé une orgie de corruption.
Elle a également qualifié de douteux un investissement de 2 milliards de dollars en provenance des Émirats arabes unis, lié au stablecoin USD1.
À mesure que la frontière entre pouvoir politique et intérêts financiers s’estompe, la crypto-sphère américaine se retrouve plus que jamais au cœur d’un bras de fer idéologique et réglementaire sans précédent.

