Sam Bankman-Fried a relancé la polémique en martelant que FTX « n’a jamais été insolvable ». Un document diffusé sur X détaille des actifs massifs et promet des remboursements supérieurs à 100 %. La communauté crypto, elle, ne décolère pas.
SBF réécrit l’histoire, la communauté réplique
L’équipe de Sam Bankman-Fried assure que FTX n’a jamais été en faillite. Un mémo relayé le 31 octobre affirme que l’ex-bourse détenait, à la date de la procédure, un ensemble d’actifs suffisant pour couvrir l’intégralité des créances, et qu’une crise de liquidité, non une insolvabilité, a précipité la mise sous chapitre 11.
[SBF says:]
This is where the money went. https://t.co/HVRwEw5Z1k https://t.co/5DrA13L5YE pic.twitter.com/O6q77DvmTn
— SBF (@SBF_FTX) October 31, 2025
Le même message promet des remboursements entre 119 % et 143 % de la valeur des créances, indiquant que 98 % des créanciers auraient déjà touché 120 % et qu’il resterait encore 8 milliards de dollars après le paiement des dettes et des frais. Cette rhétorique tranche avec les images de 2022. Mais cela colle à une réalité comptable déjà évoquée par la succession FTX au fil des audiences.
[ZachXBT says:]
The creditors were paid from crypto prices at the time of the FTX Nov 2022 bankruptcy and not at current prices which caused users to take massive losses if they held assets like SOL or BTC.
Illiquid investments worth more today are just a coincidence.
You…
— ZachXBT (@zachxbt) October 31, 2025
La réaction ne s’est pas fait attendre. Des enquêteurs on-chain, dont ZachXBT, rappellent une contrainte juridique décisive. Les créances sont évaluées au prix des cryptoactifs à la date de la faillite en novembre 2022, pas à leurs cours actuels. En clair, l’explosion ultérieure du marché ne se traduit pas, mécaniquement, par un « profit » pour les clients lésés.
Derrière les chiffres, un inventaire sous haute tension
Le document mis en avant évoque un inventaire impressionnant. Environ 136 milliards de dollars d’actifs à la date de la pétition, mêlant participations non cotées (Anthropic, Robinhood, SpaceX via K5 Global, Genesis Digital Assets) et trésor crypto (SOL, SUI, BTC, XRP, ETH), plus une poche de cash et de stablecoins. La promesse implicite est qu’il n’y aurait jamais eu de trou béant, seulement un emballement de retraits.
Ce récit arrive pourtant après des mois d’opérations de cession et de redressement menées par la succession FTX. Au printemps 2024, des dépôts au tribunal décrivaient déjà une fourchette de retour aux créanciers de 100 % plus intérêts, sur la base de la monétisation d’actifs détenus par Alameda, FTX Ventures et divers portefeuilles. La hausse de Bitcoin et la revalorisation d’investissements comme Anthropic ont nettement amélioré l’équation.
L’évaluation de la date de la pétition est la nuance qui fâche. Elle signifie que, même si des positions SOL, BTC ou autres se sont envolées depuis, la base de calcul des remboursements demeure ancrée en novembre 2022. C’est là que se joue la cassure entre storytelling et justice des victimes.
FTT s’enflamme, mais la confiance ne revient pas
Comme souvent dans la crypto, la narration crée du prix. Le token FTT a bondi après la réapparition du message pro-FTX. En effet, il a renoué brièvement avec une volatilité spectaculaire avant de retomber sous la pression du marché. Les précédentes incursions de SBF sur X avaient déjà déclenché ce type de sursaut éphémère.
Ce réveil n’implique pas pour autant un retour de la crédibilité. Sur les réseaux, la ligne est ferme, SBF doit rester en prison, et la tentative de relecture comptable ne saurait effacer les faits établis par les tribunaux. La défiance se nourrit d’un sentiment tenace que la crise n’a pas seulement été une panne de liquidité, mais bien un effondrement de gouvernance et de contrôles.
Les spéculations politiques attirent par ailleurs la nervosité. Depuis la grâce présidentielle accordée le 23 octobre 2025 à Changpeng « CZ » Zhao, certains agitent l’hypothèse d’un traitement similaire pour SBF. Pour l’heure, il ne s’agit que de rumeurs alimentées par le climat pro-crypto de Washington. Elles ne modifient en rien le dossier pénal de Bankman-Fried.


