La régulation des cryptomonnaies arrive à un tournant décisif aux États-Unis. Après des années d’attente, les autorités cherchent enfin à définir des règles claires pour ce secteur en pleine expansion. Cependant, au lieu d’une vision unifiée, le pays se retrouve pris dans un grand écart. Deux logiques puissantes et opposées s’affrontent, créant un climat d’incertitude majeur pour les investisseurs et les entrepreneurs.
La SEC ouvre la porte à l’expérimentation
Après des années difficiles, la SEC semble changer de stratégie. Auparavant, son approche de « régulation par la sanction » manquait de clarté. En effet, elle a forcé de nombreuses startups, incapables de payer des millions en frais d’avocats, à s’installer en Europe ou en Asie. Aujourd’hui, son président, Paul Atkins, veut inverser la tendance. Il a confirmé la création d’un cadre d’expérimentation supervisée avant la fin de l’année.
L’industrie de la crypto salue largement cette initiative. Son objectif est simple : permettre aux nouvelles entreprises de tester leurs produits sous la supervision du régulateur. D’après Decrypt, elles n’auront plus à craindre une action en justice immédiate et coûteuse. Ce cadre pourrait enfin réconcilier l’innovation avec la protection des investisseurs sur le sol américain, notamment dans des secteurs comme la finance décentralisée (DeFi).
Un projet de loi du Sénat sème l’inquiétude
Pourtant, une autre approche se dessine au Sénat. Selon le média spécialisé CoinTelegraph, le projet de loi « Responsible Financial Innovation Act » (RFIA) y fait face à une opposition très forte. La plus grande fédération syndicale du pays, l’AFL-CIO, critique vivement le texte. Elle le qualifie de « façade de régulation », affirmant qu’il ne contient pas de protections suffisantes pour les citoyens.
Batiment du sénat Américain – Image de Jacqui, Pixabay
Le premier angle d’attaque du syndicat concerne directement l’épargne des travailleurs. L’AFL-CIO craint en effet que la loi n’autorise l’intégration des cryptomonnaies, connues pour leur forte volatilité, dans les plans de retraite comme les 401(k). En d’autres termes, cela reviendrait à parier l’avenir financier de millions de salariés sur des actifs spéculatifs. Pour l’organisation, c’est une ligne rouge à ne pas franchir, car cela exposerait des patrimoines prudemment constitués à des risques de pertes massives.
Au-delà de ce risque direct pour les individus, le syndicat alerte sur un danger pour l’ensemble du système financier. Il compare explicitement les mécanismes de ce projet de loi à ceux qui ont provoqué la crise de 2008. Le principal danger, selon l’AFL-CIO, est que les banques pourraient utiliser les dépôts des clients, qui sont garantis par les contribuables, pour s’engager dans des activités spéculatives avec les cryptos. Cette situation créerait un risque systémique majeur, où les banques profiteraient des gains potentiels tout en faisant porter les pertes éventuelles à la collectivité.
Deux visions s’opposent pour l’avenir du marché
Le marché se retrouve donc face à des signaux contradictoires de la part des autorités américaines. La signature historique du GENIUS Act et l’approche de la SEC, perçue comme une main tendue, vise à créer un environnement d’expérimentation contrôlé.
À l’inverse, la proposition législative du Sénat est critiquée pour son laxisme potentiel, certains n’hésitant pas à la comparer aux dérives qui ont mené à la crise financière de 2008.
L’avenir de la réglementation crypto aux États-Unis dépendra de l’harmonisation de ces deux visions. Pour les entreprises du secteur, cette période de transition est délicate : doivent-elles se fier à la nouvelle approche de la SEC ou craindre les implications d’une loi jugée trop permissive par des acteurs majeurs de la société civile ? La réponse définira la position du leadership américain sur ce marché pour la décennie à venir et impactera considérablement le marché crypto mondial.

