L’arrivée des cryptomonnaies dans le football n’a rien d’anecdotique. Fan tokens, NFT, partenariats d’échanges et de blockchains. Les clubs multiplient les accords pour compenser leurs finances. Selon une étude de Sport Quake, le football représenterait déjà environ 43 % de tous les partenariats liés aux crypto et actifs numériques sur la saison 2024 2025, preuve que ce secteur s’est imposé comme une nouvelle mine d’or commerciale pour les clubs européens.
Mais cette ruée vers la crypto s’accompagne d’un nouveau type de risque réputationnel. Le cas du FC Barcelone et de ZKP, une société blockchain quasi inconnue qui a lancé son propre token quelques jours après la signature du contrat, en est l’illustration parfaite. Sous la pression des supporters et d’experts, le club a dû se désolidariser publiquement de cette cryptomonnaie, au point de répéter qu’il n’avait aucun lien avec ce jeton.
ZKP, partenaire blockchain… et crise de confiance immédiate
Le 15 novembre, le FC Barcelone annonce un partenariat de trois ans avec Zero Knowledge Proof (ZKP), présenté comme son partenaire officiel en cryptographic protocol . Le problème est que l’entreprise est enregistrée aux Samoa, dispose d’une présence en ligne minuscule et ne révèle ni l’identité ni la localisation de ses dirigeants, se décrivant comme un collectif pseudonyme réparti sur plusieurs juridictions.
Quelques jours plus tard, ZKP lance aux enchères 200 millions de coins et commence à promouvoir un FCB token lié à son image. Immédiatement, des spécialistes comme l’économiste Carol Alexander alertent sur le risque de voir les fans assimiler la marque Barça à ce jeton hautement spéculatif et totalement opaque. Face à la polémique, le club publie un communiqué ferme et affirme n’avoir aucun lien avec ce token, ne pas participer à son émission, ni utiliser la technologie associée, et insiste sur le fait que cette monnaie n’entre pas dans le périmètre de l’accord commercial signé.
EN DETALLE 📄 | El FC Barcelona se desvincula formalmente del token de su patrocinador ZKP. ⚠️🚫
🔹📢 El club emitió un comunicado oficial desmarcándose de la emisión y gestión del token de Zero-Knowledge Proof (ZKP), con la cual firmó un acuerdo de patrocinio el 14 de… pic.twitter.com/Odqh2UjhOk
— CriptoNoticias (@CriptoNoticias) November 28, 2025
Quand le football donne un vernis de légitimité aux projets crypto
Si l’affaire ZKP choque, c’est aussi parce qu’elle s’inscrit dans un mouvement plus large. Depuis plusieurs années, de nombreuses équipes ont signé avec des acteurs crypto avant de rompre le contrat dans la douleur. Par exemple, l’Inter Milan, la Roma, Chelsea ou l’Atlético de Madrid ont déjà mis fin prématurément à des accords avec des plateformes ou des projets qui n’ont pas tenu leurs promesses, voire ont disparu avec l’argent des investisseurs.

Le Barça lui-même n’en est pas à son coup d’essai dans le Web3. Le club a lancé des fan tokens avec Chiliz et Socios dès 2020, vendus pour 1,3 million de dollars en moins de deux heures, puis des NFT haut de gamme chez Sotheby’s. Mais il a aussi dû passer une dépréciation de 141 millions d’euros après l’échec d’un accord autour de Barça Vision. Dans ce contexte de dette élevée, la tentation de signer rapidement avec un acteur opaque comme ZKP ressemble pour beaucoup à une stratégie encaisser d’abord, poser les questions ensuite, qui transfère une partie du risque vers les supporters.
Des leçons pour les clubs… et surtout pour les supporters
Pour les supporters, la prudence est indispensable. Avant d’acheter un token lié à un club, il est essentiel de vérifier qui contrôle réellement le projet, dans quel pays il est enregistré et quelles garanties existent en cas de problème. Beaucoup de projets crypto jouent sur l’image d’un club pour inspirer confiance, mais sans offrir la moindre sécurité aux fans.
Pour les clubs, la leçon est tout aussi claire. Un sponsor crypto peut apporter de l’argent rapidement, mais un partenaire opaque peut coûter beaucoup plus cher à long terme. Réputation abîmée, confiance des supporters fragilisée, relations compliquées avec les régulateurs. L’affaire ZKP montre qu’à l’heure du football numérique, la transparence n’est plus un choix mais une exigence vitale.
