PayPal pousse les frontières du paiement entre particuliers. L’entreprise annonce l’intégration directe de Bitcoin, d’Ethereum et de son stablecoin PYUSD dans ses flux P2P. Le déploiement commence aux États-Unis, avant un élargissement international.
Ce qui change dès aujourd’hui
Envoyer et recevoir du Bitcoin, de l’Ether et du PYUSD devient une fonctionnalité native des paiements P2P PayPal. Les transferts fonctionneront entre PayPal, Venmo et, point clé, vers des portefeuilles externes compatibles, ce qui rapproche l’expérience de l’esprit wallet-to-wallet de la crypto. Le lancement débute aux États-Unis, puis doit toucher le Royaume-Uni, l’Italie et d’autres marchés dans l’année.
Pour simplifier la collecte entre proches, PayPal introduit aussi des « liens PayPal ». Chaque utilisateur génère un lien unique partageable par SMS, e-mail ou chat. Cette nouveauté arrive d’abord sur le marché américain, avec un calendrier d’extension similaire.
À noter, les virements personnels entre amis et famille ne sont pas censés déclencher de formulaire fiscal 1099-K : l’IRS précise que ces paiements personnels ne sont pas reportés, ce qui évite de brouiller l’adoption au quotidien. Le rappel vaut autant pour PayPal que pour Venmo.
PYUSD, l’interopérabilité et l’effet réseau
Cette poussée P2P donne un rôle central à PYUSD. Le stablecoin indexé dollar frôle 1,3 milliard de dollars de capitalisation, un seuil qui compte quand on parle de liquidité pour des paiements de masse. En outre, Coinbase a supprimé les frais sur PYUSD et facilite le rachat direct en dollars, renforçant l’utilité du jeton dans les rails de paiement.
L’initiative s’imbrique dans « PayPal World », une stratégie d’interopérabilité reliant de grands systèmes de paiement et portefeuilles. L’objectif de faire circuler l’argent au-delà des frontières et des jardins clos, en partant de la connectivité PayPal-Venmo et en élargissant progressivement l’écosystème. Pour un acteur qui revendique plus de 430 millions de comptes actifs, l’effet réseau peut être immédiat.
Côté marchands, PayPal a rouvert le chantier « payer en crypto » : règlement instantané en stablecoin ou en fiat, support élargi d’actifs et de portefeuilles. Le maillage entre checkout marchand, P2P et stablecoin interne dessine une trajectoire cohérente. D’abord fluidifier l’expérience, ensuite standardiser les rails.
Concurrence en ébullition sur le P2P crypto
PayPal ne se retrouve pas seul. Kraken a lancé en juin « Krak », une application de paiements pair à pair pensée « crypto-native », avec envoi quasi instantané à l’échelle mondiale et prise en charge de centaines d’actifs. L’offensive met une pression concurrentielle directe sur les géants du P2P grand public.
Dans le même esprit, X pousse aussi ses ambitions de paiement aux États-Unis via des partenariats bancaires et cartes. La bataille pour devenir le porte-monnaie par défaut du quotidien s’étend donc bien au-delà de la seule crypto, et PayPal joue la carte de l’extension fonctionnelle plutôt qu’un pivot brutal.
Cette concurrence est saine pour l’utilisateur. Elle tire les frais vers le bas et impose une meilleure interopérabilité. Mais elle force aussi chaque acteur à clarifier sa proposition de valeur : rails stables pour PayPal, ouverture crypto pour Kraken, super-app pour X. Le gagnant sera celui qui masquera la complexité sans enfermer l’utilisateur.
L’utilité réelle se mesurera sur les envois transfrontaliers. Les données de la Banque mondiale rappellent que le coût moyen d’un envoi reste élevé dans de nombreux corridors. Si les rails stablecoins et les liens entre portefeuilles se généralisent, l’écart de coût pourrait se réduire significativement à l’usage.
Reste le débat macro. La BRI considère que les stablecoins échouent encore à cocher les cases de la « bonne monnaie », et ne devraient pas devenir l’épine dorsale du système. Oui aux gains de vitesse et d’accès, mais attention à la gouvernance, aux réserves et aux risques opérationnels.

