Depuis plusieurs cycles, le mot utilité circule partout dans le discours crypto. Si il sert parfois comme un gage de sérieux, il est généralement utilisé comme un simple argument marketing.
L’année 2025 a pourtant servi de rappel brutal, dans la mesure où la majorité des nouveaux tokens ont été lourdement sanctionnés par le marché. Dans ce contexte plus mature et plus dur, une question revient avec insistance : les tokens dits utilitaires ont-ils encore un véritable avenir ?
Que signifie au juste l’utilité des crypto-monnaies de nos jours ?
Aujourd’hui, presque chaque projet crypto se présente comme utile. Staking, yield farming, droits de vote, accès à des pools de récompenses ou réductions de frais sont devenus des standards à intégrer et mettre en valeur. Techniquement, tout cela fonctionne alors que sur le fond, beaucoup de ces usages tournent en rond.
Dans de nombreux cas, l’utilité n’existe que parce que le token existe. En effet, une équipe crée un jeton, puis invente des mécanismes pour lui donner un rôle. Le staking sert à gagner le même token.
Le farming distribue davantage de tokens issus du protocole. Les frais réduits encouragent surtout la détention. Bien que tout soit cohérent en interne, c’est rarement indispensable.
Cette dérive a été visible lors de la bulle NFT de 2021 et 2022. Chaque collection devait promettre une utilité, parfois limitée à bloquer son NFT pour toucher des récompenses issues des frais de mint.
Quand l’euphorie est retombée, ces utilités ont perdu tout attrait. Le marché a compris qu’une utilité crédible commence quand un besoin existe indépendamment du token, pas quand elle est ajoutée après coup.
Tokens utilitaires vs tokens de sécurité : le choc de la réalité en 2025
Sur le plan théorique, la distinction est simple. Les tokens utilitaires donnent accès à un service ou à une fonctionnalité. Les tokens de sécurité représentent un droit économique et sont soumis à des règles proches aux marchés financiers traditionnels. Néanmoins, dans la pratique, le marché ne fait presque plus la différence.
Selon les données de Memento Research, environ 85 % des tokens lancés en 2025 se négocient sous leur prix initial. La perte médiane dépasse 70 %, affichant un contraste saisissant avec le cycle haussier de 2021 où des projets comme MATIC, AVAX ou FTM avaient explosé après leur lancement.
Les facteurs qui expliquent ce décrochage sont multiples. En effet, on peut compter les distributions massives de tokens via airdrops, les ventes publiques trop larges et les listings rapides sur les grandes plateformes ont inondé le marché de détenteurs sans lien avec le produit.
Les tokens sont devenus liquides avant d’être nécessaires. Dans un marché dominé par le Bitcoin, beaucoup d’investisseurs ont préféré vendre rapidement et se repositionner sur des actifs perçus comme plus solides.
Vers une utilité mesurable, portée par l’usage réel et la régulation
Malgré ce tableau sombre, le secteur des cryptos utilitaires n’est pas perdu. Certains tokens continuent de résister, précisément parce qu’ils sont au cœur de leur produit. Notamment, les projets liés à l’IA décentralisée, au stockage distribué ou aux infrastructures physiques décentralisées montrent une autre voie.
Render Network en est un bon exemple. Son token est utilisé pour accéder à de la puissance GPU, une ressource concrète et demandée, ce qui explique pourquoi sa capitalisation s’est maintenue autour de 900 à 950 millions de dollars en 2026. Filecoin repose sur une logique similaire avec le stockage, tandis que Helium s’appuie sur des infrastructures réseau réelles.
Cette dynamique est renforcée par l’arrivée des investisseurs institutionnels et par une meilleure clarté réglementaire. Selon Grayscale, plus de 76 % des investisseurs institutionnels prévoient d’augmenter leur exposition aux actifs numériques en 2026.
Toutefois, ces fonds iront uniquement vers des projets à l’utilité vérifiable, ce qui suggère que les tokens utilitaires peuvent survivre, à condition de devenir indispensables plutôt que simplement échangeables.
