L’idée d’un bannissement des crypto-actifs aux États-Unis semble appartenir au passé. À mesure que ces technologies s’installent dans l’économie mondiale, l’hypothèse d’une interdiction totale devient de moins en moins tenable. C’est, en substance, ce que défend Matt Levine, chroniqueur chez Bloomberg, pour qui le temps des décisions radicales est derrière nous.
Trop d’inertie pour faire machine arrière
Le constat de Levine est assez simple : les cryptos sont désormais trop présentes pour être effacées d’un trait de plume. Leur usage s’est diffusé, les infrastructures sont devenues globales, et plusieurs États les voient déjà comme un levier d’innovation économique.
Matt Levine: “We will ban crypto” is no longer feasible for the SEC, and “we will ignore crypto because it’s not a security so not our problem” is not very attractive for the SEC. The only choice left is “we will regulate crypto, but in a way that you like. pic.twitter.com/hBFXTmMnh5
— Sar Haribhakti (@sarthakgh) August 7, 2025
Certes, l’écosystème crypto n’est pas exempt de dérives(arnaques, promesses intenables, projets opaques). Mais ces excès ne suffisent plus à justifier une logique de répression. Les actifs numériques ne sont plus un phénomène marginal : ils font partie intégrante d’une nouvelle couche financière qui s’étend, parfois en dehors des circuits établis.
Les ignorer reviendrait à se couper de ce que certains décrivent comme une forme émergente de la finance internationale. Une posture difficile à tenir, dans un monde où les flux de capitaux se déplacent rapidement, et où la blockchain s’impose dans des usages bien au-delà de la spéculation.
D’un rapport de force à une logique d’encadrement
Sous Gary Gensler, ancien président de la SEC, le régulateur américain avait opté pour une lecture stricte : la plupart des tokens étaient traités comme des titres financiers classiques, soumis à des règles de conformité exigeantes. En pratique, cela revenait souvent à rendre les projets illégaux par défaut.
Levine critique cette approche, qu’il juge inadaptée à la diversité du secteur. Tous les jetons ne sont pas des instruments de spéculation. Certains relèvent de la gouvernance communautaire, d’autres de l’expérimentation technique ou artistique. Les mettre tous dans le même panier revient à plaquer des modèles anciens sur des objets encore mal définis.
Un changement de ton semble aujourd’hui à l’œuvre. L’objectif ne serait plus de forcer les crypto-actifs à entrer dans les cases du droit boursier, mais de construire un cadre mieux ajusté, capable de contenir les excès tout en laissant place à l’innovation.
Project Crypto : la nouvelle voie de la SEC
Cette inflexion prend forme dans un programme baptisé Project Crypto, porté par Paul Atkins, président actuel de la SEC. L’initiative vise à rapprocher le droit américain de la réalité du secteur, sans en étouffer les spécificités.
Le programme prévoit plusieurs pistes concrètes. D’abord, mieux distinguer les types de jetons : usage, paiement, gouvernance… Ensuite, assouplir les règles pour les plateformes qui proposent plusieurs services, souvent hybrides. Enfin, alléger les démarches pour les levées de fonds en crypto, sans les aligner mécaniquement sur celles des introductions en Bourse.
L’idée, au fond, est de redevenir un acteur crédible dans la régulation internationale des crypto-actifs, tout en assurant un minimum de garanties aux investisseurs.
Une régulation crypto pensée pour le terrain
Le virage amorcé s’éloigne d’une logique punitive. Il s’agit moins de contrôler à tout prix que d’encadrer de manière pragmatique. Levine insiste sur l’importance d’un équilibre : ni laisser-faire, ni surcharge réglementaire.
Les tokens n’ont pas toujours de structure centralisée. Certains projets se pilotent par la communauté, ou fonctionnent de manière autonome via des contrats intelligents. Cela suppose un changement de regard chez les régulateurs, souvent formés à un univers plus centralisé, plus vertical.
À noter : cette nouvelle approche reçoit un écho favorable au sein d’autres institutions, comme la CFTC, qui semble prête à collaborer avec la SEC pour construire un cadre cohérent.
L’idée d’interdire les crypto-actifs semble aujourd’hui largement dépassée. Le secteur est trop implanté, trop interconnecté pour qu’un simple décret suffise à le faire disparaître.
