La justice de Denver a tranché. Eli Regalado et son épouse, Kaitlyn, ont vendu une crypto sans valeur, trompé des centaines d’épargnants et devront rembourser plus de 3,33 millions de dollars. Le dossier, emblématique des dérives « crypto » instrumentalisées, s’accompagne d’une interdiction de vingt ans liée aux titres privés dans le Colorado.
Verdict et sanctions : le jugement qui ne laisse rien passer
Le 12 septembre 2025, la juge Heidi L. Kutcher a jugé que le schéma de la crypto INDXcoin violait le droit des valeurs mobilières et a inscrit un jugement civil de 3 339 422,15 $ contre Eli et Kaitlyn Regalado. Le régulateur de l’État a officialisé la décision le 16 septembre. Surtout, le couple se voit interdire toute participation à des transactions de titres privés au Colorado pendant vingt ans.
La procédure n’est pas sortie de nulle part. Dès le 15 avril 2025, la cour avait déjà acté que la crypto INDXcoin répondait à la définition d’un « security » au sens de la loi du Colorado. C’est en tout cas très différent du Bitcoin. Le procès civil s’est tenu du 5 au 8 mai avant d’aboutir au jugement de septembre. En clair, le fond juridique était posé avant même la condamnation financière.
Le cœur des faits est limpide. Entre juin 2022 et avril 2023, près de 3,4 millions de dollars ont été levés auprès de plus de 300 personnes, principalement dans la communauté chrétienne locale, via un discours promettant un rendement élevé et un risque minime. La décision clôt les aspects civils engagés par la Colorado Division of Securities.
Promesses, audit crypto ignoré et une bourse maison qui déraille
La crypto INDXcoin s’accompagnait d’une plateforme sur mesure, Kingdom Wealth Exchange, censée apporter liquidité et sérieux. Dans les faits, l’écosystème a vite calé, jusqu’à fermer en 2023. Preuve que le projet crypto manquait de souffle et d’acheteurs. Les volumes ne suivaient pas la promesse initiale.
Plus troublant. Un audit technique commandé par les promoteurs eux-mêmes. Le cabinet Hacken aurait attribué un score de sécurité 0/10, en pointant des failles structurelles. Une alerte rouge qui n’a pas été correctement portée aux investisseurs, alors même que le marketing continuait d’afficher un visage faible risque. C’est précisément ce décalage qui a pesé lourd au tribunal.
Le régulateur a aussi documenté la mécanique d’influence comme un vernis technologique, un récit d’abondance, une autorité religieuse qui rassure et, derrière, aucune gouvernance crédible ni garde-fous. Les juges sanctionnent ici moins la crypto que l’usage d’un emballage numérique pour un vieux procédé de vente de valeurs mobilières non conformes.
L’argent levé, l’argent dépensé : où sont passés les fonds ?
Les 3,4 millions collectés n’ont pas financé une feuille de route produit solide. Les pièces du dossier montrent des flux vers des comptes personnels et des dépenses étrangères à l’activité, dans une confusion organisée entre ministères religieux, entités privées et caisses du projet crypto. Les investisseurs, eux, se sont retrouvés avec des jetons invendables.
La vidéo devenue virale début 2024 a révélé le ton du récit. Eli Regalado y admet avoir encaissé des fonds, évoque l’IRS pour les impôts et parle d’une rénovation « que le Seigneur nous a dit de faire ». Cette séquence a cristallisé l’attention internationale bien avant le procès de mai.
En recoupant les documents et déclarations, on retrouve aussi des dépenses de train de vie. Bijoux, séjours au ski et en yacht, vêtements de créateurs, travaux dentaires, jusqu’à un Range Rover. À mesure que ces éléments sortaient, l’hypothèse d’un produit réellement investi s’évaporait.
Le volet pénal suit son cours. Le 22 juillet 2025, un grand jury de Denver a inculpé les Regalado sur quarante chefs, dont vol, fraude en valeurs mobilières et racket. C’est une procédure distincte du jugement civil. Si elle aboutit, elle peut déboucher sur des peines de prison.
Sur le terrain réglementaire, l’interdiction de vingt ans envoie un message à l’industrie crypto. En effet, exploiter la ferveur religieuse ou la hype crypto pour vendre des titres non conformes expose à des bannissements longs et à des restitutions intégrales.
Un projet crypto sérieux montre ses audits complets, sa liquidité réelle et une gouvernance lisible. Il ne se contente pas de slogans ni d’une promesse d’autorité, fut-elle spirituelle. La confiance n’exclut pas le contrôle.

