Le gouverneur de la Banque centrale européenne (BCE), Piero Cipollone, a affirmé que l’euro numérique jouera un rôle central en cas de perturbations massives. À ses yeux, cette monnaie numérique émise par la BCE deviendrait une assurance vitale pour maintenir la continuité des paiements, même lors de crises systémiques.
Un outil vital en cas de crise
Piero Cipollone a rappelé que l’argent liquide demeure aujourd’hui « le seul véritable plan de secours ». Toutefois, l’usage du cash diminue rapidement dans la plupart des pays européens. Dans un futur proche, en cas de cyberattaque de grande ampleur, de panne électrique prolongée ou de défaillance bancaire, les citoyens pourraient se retrouver sans solution pour régler leurs achats. Le digital euro offrirait alors une alternative crédible, capable de fonctionner hors ligne.
La BCE envisage une application officielle, utilisable même sans connexion internet, afin que les particuliers puissent continuer à payer dans des conditions extrêmes. Les transactions seraient validées localement, avant d’être synchronisées avec le registre central dès que le réseau redeviendrait accessible. Cette capacité hors ligne est présentée comme l’une des garanties majeures du projet. Elle permettrait d’éviter une paralysie totale du système économique européen, un scénario que redoutent les décideurs politiques.
Un autre atout du projet est sa résilience face aux défaillances d’acteurs privés. Contrairement aux services bancaires commerciaux, qui reposent chacun sur leur propre infrastructure, l’euro numérique serait directement adossé à la BCE. En cas de faillite d’une banque ou de dysfonctionnement technique d’un prestataire, les paiements resteraient possibles. Cette continuité renforcerait la confiance du public, un élément jugé essentiel pour prévenir la panique lors de crises.
🇪🇺 L'euro numérique est un outil nécessaire pour garantir que les utilisateurs puissent toujours effectuer des paiements en cas de panne majeure.
Ce sont les propos de Piero Cipollone, membre du conseil d'administration de la Banque Centrale Européenne.
«Si une cyberattaque… pic.twitter.com/6LqDyA3ztV
— Goku 🗞 (@Crypto__Goku) September 4, 2025
Inclusion financière et autonomie stratégique
Au-delà de la gestion des crises, le digital euro s’inscrit dans une vision d’inclusion sociale et financière. Piero Cipollone a insisté sur la nécessité de concevoir un outil accessible à toutes les générations, y compris aux personnes âgées et à celles qui maîtrisent peu les outils numériques. L’interface pourrait intégrer des commandes vocales, des options de contraste renforcé ou des parcours simplifiés pour faciliter son adoption.
Cet effort d’accessibilité vise à éviter que l’euro numérique n’aggrave la fracture numérique. Dans une Europe où plus de 15 % de la population reste peu à l’aise avec les services digitaux, cet enjeu est majeur. En outre, l’inclusion concerne aussi les zones rurales mal desservies par les banques. Grâce à une version hors ligne, les habitants pourraient continuer à échanger et à commercer sans dépendre d’infrastructures fragiles.
Sur le plan géopolitique, la BCE souhaite renforcer la souveraineté européenne dans les paiements. Aujourd’hui, une large partie des transactions électroniques repose sur des réseaux étrangers comme Visa, Mastercard ou PayPal. Avec l’euro numérique, l’Union européenne disposerait d’un système de paiement autonome, capable de concurrencer les stablecoins adossés au dollar, déjà dominants sur le marché mondial. Cette indépendance devient stratégique alors que les États-Unis accélèrent leurs initiatives réglementaires et technologiques dans le secteur.
Une feuille de route ambitieuse mais semée d’incertitudes
Le calendrier prévoit une adoption du cadre législatif d’ici 2026, avant une phase de tests techniques et un déploiement entre 2028 et 2029. Toutefois, de nombreux obstacles demeurent. Le Parlement européen et le Conseil devront s’accorder sur la protection des données, un sujet particulièrement sensible. Les citoyens redoutent que l’euro numérique n’entraîne une surveillance accrue de leurs transactions. La BCE insiste sur la mise en place de standards élevés de confidentialité, mais le débat reste ouvert.
Autre sujet de discorde : l’impact potentiel sur les banques commerciales. Si les Européens décidaient de stocker massivement leur argent en euro numérique, une partie des dépôts bancaires pourrait disparaître, affaiblissant la capacité de crédit du système bancaire. Pour atténuer ce risque, la BCE envisage de limiter le montant maximum que chaque utilisateur pourrait conserver en digital euro.
Enfin, le projet suscite aussi des interrogations politiques. Le soutien des gouvernements nationaux sera crucial, certains pays étant plus enthousiastes que d’autres. Tandis que la France et l’Allemagne se montrent favorables, d’autres États membres craignent que l’euro numérique ne fragilise encore plus leurs banques locales.
