BNY Mellon accélère sur la blockchain. La banque explore des dépôts tokenisés afin de permettre à ses clients d’effectuer des paiements directement sur blockchain. L’initiative s’inscrit dans un vaste chantier de modernisation des paiements instantanés et transfrontaliers. Elle vise, à terme, des règlements plus rapides, moins coûteux et mieux traçables.
Pourquoi les dépôts tokenisés intéressent BNY Mellon
JUST IN: 🇺🇸 BNY Mellon, the world’s largest custodian bank, explores allowing tokenised deposits and blockchain payments – Bloomberg. pic.twitter.com/BZgAddhktT
— Whale Insider (@WhaleInsider) October 7, 2025
Chaque jour, BNY Mellon traite environ 2,5 billions de dollars de paiements. Or, ces flux s’appuient encore sur des systèmes fragmentés, avec des délais de compensation et des fenêtres horaires restreintes. Les dépôts tokenisés proposent un autre chemin. Ils numérisent une créance bancaire existante et la rendent programmable. Dès lors, un virement peut se transformer en règlement quasi immédiat, y compris en dehors des heures ouvrées.
Ce choix répond à deux besoins. D’une part, les grands clients exigent des paiements 24/7, notamment pour la trésorerie et le règlement-livraison. D’autre part, les banques doivent réduire la friction opérationnelle et uniformiser leurs parcours techniques. En tokenisant les dépôts, BNY Mellon peut faire circuler la valeur à l’intérieur de son écosystème puis, progressivement, entre établissements, à mesure que les standards s’alignent. Ainsi, la banque combine exigences de conformité et bénéfices concrets pour les entreprises. D’autres acteurs du secteur bancaire s’intéresse à la blockchain, comme Visa pour les paiements internationaux via les stablecoins, ou Swift qui teste la migration de son système de paiement vers Linea.
Ce qui est sur la table… et ce qui ne l’est pas
À ce stade, il s’agit d’une exploration. D’après Bloomberg, la banque teste des cas d’usage et affine le cadre opérationnel. Elle ne lance ni stablecoin public, ni actif spéculatif. Le jeton représente un dépôt bancaire existant, avec les mêmes droits et la même créance envers l’établissement. Par conséquent, le risque reste celui d’un dépôt traditionnel, encadré par la réglementation applicable.
Par ailleurs, BNY Mellon a déjà multiplié les preuves de concept dans la tokenisation d’actifs financiers (monétaires, collatéral, parts de fonds). Ce nouveau volet cible le cœur des paiements. Il doit coexister avec les rails actuels, pas les remplacer du jour au lendemain. En pratique, la banque privilégiera une mise en production par étapes : flux internes, clients pilotes, puis interopérabilité plus large. Cette démarche limite le risque opérationnel et sécurise la courbe d’apprentissage.
Quels bénéfices pour les entreprises et les marchés
Les dépôts tokenisés peuvent réduire le temps de cycle de la trésorerie. Une entreprise règle un fournisseur et constate la bonne fin en quelques instants. Elle diminue les coûts cachés des délais de compensation. Elle automatise des scénarios complexes : escrow, pénalités contractuelles, remises, ou paiements conditionnels liés à un événement vérifiable. En parallèle, la traçabilité native facilite la réconciliation comptable et le suivi des risques.
Les marchés y trouvent aussi un intérêt. Des règlements plus rapides abaissent l’exposition intra-journalière. Des flux continus lissent la liquidité. Et des interfaces standardisées simplifient l’accès des partenaires (banques correspondantes, dépositaires, chambres). À terme, l’interopérabilité avec d’autres infrastructures tokenisées, titres, parts de fonds, voire dépôts d’autres établissements, pourrait créer des boucles de règlement plus efficaces. Bien sûr, cela suppose des standards partagés et une coordination étroite avec les régulateurs.
Points de vigilance : conformité, interopérabilité et sécurité
Le succès dépendra de trois chantiers. D’abord, la conformité. Les dépôts tokenisés doivent respecter les règles de connaissance client, de lutte contre la fraude et de protection des données. Ils devront aussi s’intégrer aux reportings existants, sans surcharge pour les équipes finance. Ensuite, l’interopérabilité. Un gain maximal n’apparaît que si plusieurs grands acteurs adoptent des formats compatibles et des protocoles communs. Enfin, la sécurité. La garde des jetons, la gestion des clés et la résilience des réseaux demeurent centrales. Un incident sur un rail critique aurait des effets en chaîne. La robustesse de production sera donc un critère déterminant.
En somme, la trajectoire est claire : BNY Mellon veut rapprocher la banque transactionnelle des atouts de la blockchain, sans renoncer au cadre prudentiel. Si les pilotes confirment les attentes, règlements plus rapides, coûts contenus, meilleure visibilité, les paiements sur dépôts tokenisés pourraient passer du laboratoire à l’échelle. Et, avec eux, une nouvelle génération d’infrastructures pour les flux mondiaux.
