La BIS veut interdire toute crypto ayant transité par un wallet non KYC

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La BIS veut interdire toute crypto provenant de wallets non KYC

La Bank for International Settlements (BIS) souhaite instaurer un cadre réglementaire ambitieux. Elle propose d’interdire l’accès aux services financiers traditionnels aux cryptomonnaies qui ont transité par un wallet non KYC. Autrement dit, si un actif a circulé via un portefeuille non vérifié, les échanges ou banques pourraient le refuser.

Un système de scoring AML pour les wallets

Concrètement, la BIS imagine un score de conformité AML basé sur le parcours du wallet. Les portefeuilles ayant passé des vérifications KYC entreraient sur une allow list et obtiendraient un score élevé, favorisant leur acceptation. À l’inverse, ceux liés à des adresses suspectes ou criminelles figureraient sur une deny list et recevraient un score proche de zéro. Ce score servirait de filtre aux plateformes d’échange, banques ou émetteurs de stablecoins pour autoriser ou refuser les transactions crypto-fiat.

Ce modèle a été conçu pour combler une faille réglementaire : souvent, les unhosted wallets échappent au contrôle régulier des autorités. Avec ce système, les institutions pourraient bloquer l’accès aux cryptos « non conformes », tout en utilisant la traçabilité publique de la blockchain.

La BIS veut interdire toute crypto provenant de wallets non KYC
Source : BIS Bulletin numero 111

Vers une finance publique plus sécurisée

En renforçant la régulation aux points de conversion entre crypto et monnaie traditionnelle, le score AML devient un outil de prévention puissant. Il permettrait notamment d’éviter la circulation de fonds issus de fraudes ou d’activités illicites dans le système financier classique. Ainsi, les intermédiaires devraient vérifier que les cryptos respectent un seuil minimal d’historique conforme, définissable selon les juridictions.

Cet outil propose aussi une grande flexibilité. Les règles peuvent varier selon les législations locales, tout en garantissant un cadre clair. On pourrait exiger que chaque wallet qui entre en contact avec le système bancaire ait au moins une partie de ses transactions validées par KYC. Mis en œuvre avec des outils blockchain, cela donnerait aux régulateurs un levier de contrôle inédit, sans attaquer la nature décentralisée des blockchains.

Un changement de paradigme pour la blockchain

Cette proposition représente un virage majeur dans la régulation crypto. Elle transforme la nature même des actifs numériques, en les évaluant selon leur provenance. Cela pourrait créer une hiérarchie implicite : des tokens « sanctaires » (passés par KYC) et d’autres jugés à risque. À terme, certains pourraient valoir moins ou être refusés sur certaines plateformes selon leur score.

De plus, cette approche va jusqu’à intégrer le scoring directement dans les tokens ou les wallets. Les plateformes décentralisées ou les applications pourraient décréter, à l’ouverture de session ou à l’exit, qu’elles n’accepteront que les fonds conformes. Cette idéation pourrait fragmenter l’écosystème crypto, en créant une distinction entre usage grand public et usage à risque.

Des implications concrètes et des défis

Ce cadre présente des avantages évidents : meilleure protection contre le blanchiment, responsabilisation des services crypto, et approche alignée avec les réglementations existantes du système bancaire. Toutefois, il pose aussi plusieurs défis. Premièrement, il risque de compromettre la confidentialité des transactions, un principe au cœur de la décentralisation. Ensuite, des acteurs mal intentionnés pourraient contourner le système à l’aide de mixeurs ou plateformes non réglementées.

Les analystes de la compliance insistent sur la nécessité de transparence dans les calculs du score. Ils appellent à un modèle où chaque utilisateur peut comprendre pourquoi un token a été classé comme risqué. Cette transparence, parfois décrite comme « glass box attribution », permettrait d’éviter les systèmes opaques et les blocages injustifiés.

Une mesure largement débattue mais inévitable ?

L’initiative de la BIS fait réagir. Certains experts craignent une dérive vers un contrôle excessif. D’autres estiment qu’elle représente une évolution nécessaire vers une crypto davantage compatible avec les attentes des institutions financières. Quoi qu’il en soit, l’idée marque une étape sensible dans l’histoire de la régulation crypto : la fin de l’anonymat absolu au profit d’un système plus traçable, sans pour autant transformer chaque crypto en produit bancaire classique.

Les prochaines discussions seront essentielles pour mettre en place un équilibre viable. Car si l’objectif est clair, éviter les abus, il faudra préserver la liberté et l’innovation qui font la force de la blockchain.

Par Jean Rammau

Jean Rammau est passionné par les crypto-actifs depuis 2020, avec un intérêt plus large pour la finance, les innovations technologiques et leur impact sur la société. Curieux et tourné vers l’avenir, il suit de près les révolutions liées à l’intelligence artificielle et au Web3. Voyageur dans l’âme, il aime découvrir les cultures du monde et apprendre au contact des gens. Il partage ici une vision accessible et éclairée de l’écosystème crypto.