Alors que les cryptos séduisent de plus en plus d’épargnants en Corée du Sud, le candidat pressenti pour diriger le principal régulateur financier annonce la couleur : ce sera non. Lee Eok-won durcit le ton, au moment même où le marché local pèse lourd.
Crypto : un cap réglementaire assumé
Dans ses réponses écrites transmises avant son audition, Lee qualifie les cryptomonnaies d’« extrêmement volatiles », sans usage monétaire réel et « sans valeur intrinsèque ». Le ton est clair. Il place la stabilité financière au-dessus de la dynamique du secteur.
Même prudence sur l’exposition des fonds de pension aux actifs numériques. Pour lui, ces placements relèveraient davantage du pari que de la gestion, avec un risque social mal maîtrisé si les cours plongent.
Concernant les ETF crypto, Lee évoque « attentes et inquiétudes ». Il renvoie à une concertation avec les parlementaires, sans calendrier précis. En clair, pas de feu vert immédiat.
Le contraste est saisissant. Fin mars, près de 16 millions de Sud-Coréens utilisaient une plateforme d’échange, soit environ un tiers de la population. On est loin d’un phénomène marginal.
Cette adoption repose en partie sur un climat local difficile : faible rendement de l’épargne, pression immobilière, mobilité sociale perçue comme bloquée. Pour les jeunes, la crypto n’est pas un gadget, c’est un pari sur l’avenir.
Face aux critiques sur l’absence de « valeur », des acteurs du secteur rappellent que des réseaux comme Bitcoin apportent sécurité, transférabilité, rareté contrôlée. Des arguments entendus, mais pas encore intégrés à la doctrine officielle.
Stablecoins : le terrain plus ouvert
Sur ce point, le ton change. Huit grandes banques sud-coréennes planchent sur un stablecoin indexé sur le won. Objectif : un outil de paiement numérique adossé à des réserves, et donc plus conforme aux exigences de stabilité.
Le sujet divise. La banque centrale souhaite garder ces jetons dans le giron bancaire, tandis que certains élus veulent ouvrir le jeu pour ne pas laisser le dollar dominer cet espace. Une tension classique entre innovation et souveraineté.
Le régulateur, lui, avance prudemment : il observe ce qui se fait à l’étranger, parle de transparence sur les réserves, et laisse entendre qu’un cadre concret pourrait voir le jour d’ici 2026. Une avancée lente, mais structurante.
Réformes périphériques : des signaux faibles mais réels
Autre évolution en cours : le ministère des PME propose d’inclure les entreprises crypto dans le périmètre des start-up éligibles au label “capital-risque”. Un changement discret, mais qui pourrait ouvrir l’accès aux financements et aux avantages fiscaux.
Ce type de mesure n’annule pas la méfiance du FSC. Mais il montre que l’État cherche à canaliser l’énergie du secteur, plutôt qu’à la freiner totalement. Une forme de compromis s’esquisse : la croissance, oui, mais sous contrôle.
L’approche rappelle celle d’autres pays asiatiques : des rails réglementaires pour éviter les dérives, sans étouffer l’innovation. Paiements tokenisés d’un côté, investissements filtrés de l’autre.
Pour le marché crypto, quelle lecture ?
À court terme, le message est plutôt restrictif. Pas d’ETF, pas d’allocation retraite, pas d’accélération réglementaire. Les acteurs devront composer avec une régulation en paliers.
Mais à moyen terme, les signaux sur les stablecoins et le statut des entreprises créent un socle plus lisible. Paiements sécurisés, audits de réserves, structures mieux financées : tout cela attire un capital plus patient.
Enfin, l’alignement progressif avec les standards internationaux favorisera les projets transparents, utiles et gouvernables. La ligne de Séoul est exigeante, mais elle est lisible : la crypto devra faire ses preuves, pas vendre un récit.

