Jordi Visser ne tourne pas autour du pot : si l’intelligence artificielle continue d’accélérer l’innovation, les actions ne feront plus le poids comme véhicule d’investissement à long terme. Selon lui, bitcoin offre une alternative plus solide, dans un monde où les cycles économiques s’effondrent les uns après les autres.
Quand l’IA casse le rythme de Wall Street
Ce que Visser décrit, c’est une forme de court-circuit permanent. Ce qui demandait autrefois des années se joue désormais en quelques semaines. Une entreprise cotée peine à mettre en œuvre sa stratégie avant que celle-ci ne soit déjà dépassée. À ce rythme, l’investisseur patient se retrouve sans horizon. Il devient tacticien par contrainte.
C’est toute la promesse des marchés publics qui s’effrite : des structures trop lentes, des obligations réglementaires lourdes, et une inertie qui pèse face à la vitesse des cycles.
La Bourse continue, bien sûr, à distribuer du capital. Mais la fenêtre entre une idée et sa remise en cause se réduit. Résultat : la prime au « buy and hold » fond, remplacée par une volatilité plus structurelle.
Visser résume la situation avec une formule choc : l’IA pourrait condenser cent ans d’innovation en cinq. Dans un tel univers, ce ne sont plus les entreprises qui apprennent, mais les systèmes.
Et face à ce brouillage permanent, les investisseurs ajustent leur allocation. Moins d’actions détenues à long terme, plus d’actifs capables de résister aux vagues technologiques successives.
Pourquoi Bitcoin attire dans un monde qui s’accélère
C’est ici que Bitcoin trouve sa place. Visser ne le voit pas comme une simple innovation technique, mais comme une conviction. Il distingue clairement : les idées changent, les croyances durent.
L’or ne vaut pas pour ses rendements trimestriels, mais pour sa fonction symbolique, monétaire, presque culturelle. Bitcoin s’aligne sur cette logique. Il propose une réserve numérique, rare, lisible, ancrée dans un protocole stable et une confiance partagée.
Cette dynamique compte autant que la technique. Là où l’IA produit, recycle et dépasse des idées à vitesse grand V, Bitcoin reste constant. Il ne promet rien, il n’anticipe pas, il existe. Et c’est justement cette constance qui devient précieuse. Un actif dont la valeur repose sur sa prévisibilité, et non sur une trajectoire business hypothétique.
Les chiffres vont dans le même sens. Sa capitalisation tourne autour de 2 100 milliards de dollars. À ce niveau, ce n’est plus un actif marginal. C’est une taille critique, qui ancre sa présence dans le paysage macro.
Que l’on voie bitcoin comme une monnaie, un actif de réserve ou un collatéral, ce poids change la donne. Il entretient la confiance, alimente les comparaisons avec l’or et justifie une place dans les portefeuilles institutionnels.
Les flux se déplacent, les produits cotés s’étoffent
Ce changement ne se limite pas aux convictions personnelles. Les flux de capitaux s’adaptent. Les ETF sur Bitcoin et Ethereum tradent désormais avec des volumes comparables à ceux d’indices sectoriels. Les arbitrages se font à l’échelle macro. Et les phases d’afflux ou de reflux montrent que ces produits sont intégrés aux stratégies de gestion d’actifs classiques.
Cette institutionnalisation se confirme dans les rapports de marché, dans les bilans, dans les déclarations publiques. Ce n’est plus un marché de niche. C’est un compartiment à part entière, avec ses cycles, ses risques, ses contraintes réglementaires.
Même les figures inattendues s’en emparent. Eric Trump, à Hong Kong, évoque publiquement un bitcoin à un million de dollars. L’estimation n’est pas le sujet. Ce qui compte, c’est que des voix extérieures au monde crypto reprennent ce type de narration. La valeur n’est plus seulement dans les courbes de prix. Elle s’installe dans les imaginaires.
Cela ne veut pas dire que bitcoin est sans risques. La volatilité reste élevée. L’IA elle-même peut amplifier les mouvements de marché, dans un sens comme dans l’autre. L’emballement algorithmique n’est pas une protection contre les paniques.
Et croire n’est pas subir. Une thèse d’investissement, même autour d’un actif comme bitcoin, suppose des règles : gestion de taille de position, rééquilibrages, compréhension des flux on-chain et des mouvements sur produits cotés. Dans un environnement aussi rapide, la discipline ne freine pas la conviction. Elle l’encadre.


