Selon Omid Malekan, les « digital asset treasuries » (DATs) ont accéléré la baisse du marché crypto. Le mécanisme ? Des sorties massives rendues possibles par des montages financiers et des stocks de tokens présentés comme « bloqués ».
Un événement de sortie de masse
Pour Malekan, toute analyse de la récente correction qui ignore les trésoriers crypto passe à côté du sujet. Il parle d’un siphonnage collectif, facilité par des trésoreries qui ont servi de porte de sortie à des volumes de jetons supposés indisponibles. Dit autrement, là où l’investisseur voyait un verrou, le marché a trouvé une trappe.
Cette mécanique n’est pas qu’une question de timing. Nombre de ces sociétés ont grossi leurs réserves via des ventes d’actions, des obligations convertibles ou de la dette, amplifiant leur exposition au cycle.
Sous pression, un bilan levier peut transformer une simple correction en accélération de la baisse par ventes forcées. Des travaux indépendants détaillent ce risque. Si le financement externe est adossé aux actifs crypto, le moindre appel de marge déclenche des liquidations en chaîne.
Le tableau se complique encore quand ces trésoriers cherchent du rendement : staking, prêts, liquidité fournie à des protocoles. Gain en phase haussière, fragilité en phase baissière. Pour Malekan, le plus grand dommage n’est pas tant la recherche de rendement que la « sortie en masse » offerte aux détenteurs historiques via ces structures. Le verrouillage affiché n’a pas empêché l’évasion du capital.
Any analysis of why crypto prices continue to fall needs to include DATs, because in aggregate they turned out to be a mass extraction and exit event – a reason for prices to go down.
There are a few exceptions, projects that actually tried to execute the playbook my friend and…
— Omid Malekan 🧙🏽♂️ (@malekanoms) November 4, 2025
2025, année d’explosion des trésoreries crypto
Le paradoxe est saisissant. Au moment même où l’on accuse les DATs d’avoir pesé sur les prix, leur nombre explose. Un rapport de Bitwise comptabilise quarante-huit nouvelles entreprises ayant ajouté du Bitcoin à leur bilan en un trimestre.
La dynamique a suffi pour faire franchir le cap d’un million de BTC détenus par des acteurs corporates et assimilés, selon des synthèses de marché. Le phénomène n’est plus marginal. C’est un pilier de la demande et potentiellement de l’offre en cas de retournement.
L’effet ne se limite pas à Bitcoin. Ether s’est imposé comme deuxième actif de trésorerie. Les données agrégées du Strategic ETH Reserve recensent aujourd’hui soixante-dix entités détenant 6,14 millions d’ETH, soit plus de 20 milliards de dollars au cours récent. Cette bascule consacre Ether comme actif de réserve pour des acteurs qui ne se contentent plus de stablecoins.
Ce basculement s’inscrit dans un cycle plus large d’adoption en entreprise. Déjà à l’été, des sources mainstream notaient l’extension du modèle au-delà des pionniers, avec une base d’entreprises détentrices en forte hausse par rapport à 2024. La tendance offre un soutien structurel en phase haussière mais elle augmente aussi la part du marché sensible à des dynamiques de trésorerie et de gouvernance corporative.
Un modèle incitatif et des coûts cachés
Pourquoi ces structures se multiplient-elles ? Parce que lever des capitaux sur un récit « trésorerie crypto » a fonctionné. Mais lancer une entité publique coûte cher : coquilles, SPAC, PIPE, banques d’affaires, cabinets d’avocats.
L’argent dépensé pour exister devait bien venir de quelque part. Dans ce contexte, transformer des jetons « d’écosystème » en liquidités devient une tentation forte. C’est le cœur de la critique de Malekan. Trop d’argent levé, trop de tokens frappés, même « verrouillés ». La gangrène, dit-il, commence là.
Il existe toutefois des nuances. Toutes les dettes ne se valent pas et toutes les structures ne sont pas sous la même contrainte de vente. Certains émetteurs ont précisément choisi des obligations convertibles sans collatéral crypto, pour éviter de devoir solder du bitcoin au pire moment. Ce type d’ingénierie financière peut amortir le choc, même si elle n’annule pas le risque de dilution actionnariale.
La ligne de crête est étroite. Empiler du levier sur un actif volatil peut doper le rendement du capital en marché haussier. En sens inverse, la gouvernance et la transparence deviennent décisives. Lorsque l’investisseur découvre, après coup, que des jetons prétendument bloqués ont trouvé une sortie via des structures de trésorerie, la confiance s’érode et la prime de risque grimpe.


