Malgré l’effervescence venue de Hong Kong, la ligne de Pékin ne bouge pas. La Chine continentale ne rouvre pas la porte aux cryptos. Les signaux des derniers jours confirment contenir l’exposition des groupes chinois à la crypto, même via la place hongkongaise.
Hong Kong galvanise, Pékin resserre
Pékin a ordonné aux groupes technologiques et financiers du continent de réduire leur exposition à la crypto. La consigne s’applique même lorsqu’ils opèrent depuis Hong Kong. Les instructions visent à limiter les actifs offshore. En effet, elles veulent stopper toute interaction directe avec des cryptos comme Bitcoin ou Ether.
Des banques publiques avec des filiales hongkongaises ont, elles, été invitées à différer leur appétit pour des licences liées aux stablecoins, signe qu’aucun « signe vert » politique n’a été donné côté continent.
Par ailleurs, le régulateur des marchés chinois a conseillé à plusieurs courtiers de suspendre leurs projets de « tokenisation » d’actifs réels à Hong Kong. Ce gel informel vise à calmer une poussée trop rapide vers des usages blockchain présentés comme de la simple ingénierie financière. La réaction boursière de certains intermédiaires rappelle que la tolérance de Pékin reste limitée quand l’expérimentation touche au cœur des flux financiers.
Hong Kong peut tester, mais le contournement des restrictions du continent via la SAR (Special Administrative Region )n’est pas acceptable.
Les groupes continentaux doivent réduire leur exposition spéculative et respecter l’esprit des interdictions domestiques, même lorsqu’ils disposent d’entités sous droit hongkongais. Cette cohérence, parfois brutale, empêche la lecture d’un virage pro-crypto de la Chine.
Ce que Hong Kong autorise, et pourquoi la Chine temporise
Hong Kong, de son côté, a bâti un cadre légal pour les stablecoins. Le « Stablecoins Ordinance » est entré en vigueur le 1ᵉʳ août 2025. Émettre un stablecoin adossé à une monnaie fiduciaire y devient une activité soumise à licence, avec exigences sur les réserves, la rédemption et la gouvernance. L’ambition est claire de sécuriser l’innovation et attirer des acteurs globaux sous supervision de la HKMA (Hong Kong Monetary Authority).
Les autorités hongkongaises avancent toutefois prudemment. La HKMA a indiqué s’attendre à délivrer les premières licences plutôt début 2026. Les places financières apprécient cette visibilité. La temporalité retenue, elle, traduit une volonté de filtrer les candidats et d’imposer un apprentissage collectif.
C’est là que s’insère Pékin. Plusieurs établissements rattachés au continent, y compris des banques d’État actives à Hong Kong se voient suggérer d’attendre avant de candidater. L’idée n’est pas de brider la place, mais d’éviter qu’elle ne serve de relais à des stratégies qui, vues de Pékin, réintroduiraient le risque crypto au cœur du système financier chinois.
Crypto : une ligne dure qui ne date pas d’hier
La posture actuelle prolonge une décennie de mises en garde. Dès 2013, la Banque populaire de Chine a interdit aux institutions financières de traiter des paiements en bitcoin. Cela rappelle que l’actif n’a pas cours légal et soulignant les risques de volatilité et d’abus. Ce premier coup de frein a installé un principe : la crypto ne doit pas contaminer les rails bancaires.
En 2017, la Chine a interdit les ICO et fermé la voie aux plateformes locales de change crypto-fiat. Une partie de l’activité a dès lors migré à l’étranger, mais le signal politique était net. Pas de levées de fonds non régulées, pas de marchés primaires hors sol pour des jetons assimilables à des instruments financiers.
En 2021, le pays a franchi un cap avec une interdiction générale des transactions et un arrêt de la plupart des opérations de minage. La mesure a fait basculer une industrie entière hors du territoire et a figé, de fait, la participation domestique à l’écosystème crypto public. Depuis, le discours officiel martèle le même objectif : réduire les risques.

