Les mineurs de Bitcoin ne sont plus seuls à chercher l’électricité verte la moins chère possible. Depuis quelques mois, un nouvel acteur s’impose : les centres de données dédiés à l’intelligence artificielle. Dotés de capitaux colossaux et d’une faim énergétique sans limite, ils rebattent les cartes. Désormais, chaque kilowatt se négocie, chaque mégawatt devient un enjeu stratégique.
L’IA, nouveau rival énergétique
La compétition est frontale. Les data centers spécialisés dans l’IA convoitent les mêmes ressources que les fermes de minage : un courant stable, abondant, et si possible issu de sources renouvelables.
L’essor fulgurant de l’IA générative et des modèles toujours plus gourmands impose des besoins continus en électricité pour faire tourner les serveurs.
Selon un rapport de GoMining Institutional, plusieurs exploitants de Bitcoin se retrouvent déjà « évincés » ou relégués au second plan, incapables de rivaliser avec les conditions offertes par les géants technologiques. Dans certaines régions, la capacité même des réseaux devient un facteur limitant, attisant une concurrence inédite entre deux mondes qui, jusqu’ici, s’ignoraient.
Et ce n’est qu’un début. Avec des besoins appelés à croître de manière exponentielle, l’IA exerce une pression durable sur l’infrastructure électrique mondiale.
Les mineurs, connus pour leur agilité et leur capacité à se déplacer vers les sources d’énergie sous-utilisées, doivent désormais composer avec un adversaire structurellement plus lourd et mieux financé.
Le retour des capitaux institutionnels
Pour autant, le minage de Bitcoin ne s’apprête pas à disparaître. Jeremy Dreier, analyste chez GoMining Institutional, y voit même un levier de croissance, porté par l’arrivée d’investisseurs institutionnels. Selon lui, l’essor des ETF Bitcoin n’est qu’une première étape : la prochaine cible sera le minage.
Pour les grandes entreprises, produire leurs propres bitcoins présente un double avantage : sécuriser des actifs « vierges » sans historique de transaction et réduire le coût d’acquisition.
Actuellement, extraire un bitcoin revient à environ 64 000 $, contre près de 119 000 $ sur le marché. Même si ce coût devait grimper vers 70 000 $ d’ici fin 2025, l’écart reste significatif.
Résister ou se diversifier
Face à la pression, certains mineurs changent de cap. Riot Platforms ou Iris Energy ralentissent leurs investissements dans le minage pour explorer les opportunités offertes par le cloud dédié à l’IA. Une manœuvre que Dreier voit comme transitoire : il parie sur un retour vers le Bitcoin lorsque les marges se rééquilibreront.
D’autres misent sur la performance technique. Block Inc. développe des systèmes capables d’allonger la durée de vie des machines et de réduire drastiquement les coûts opérationnels.
Enfin, un atout stratégique demeure : la mobilité. Les fermes de minage peuvent s’installer hors réseau, là où l’énergie est bon marché mais peu exploitée, un avantage que les centres IA, dépendants de connexions ultra-rapides, ne peuvent pas toujours se permettre.
Dans ce duel entre monnaie décentralisée et intelligence artificielle centralisée, l’électricité devient l’actif clé. Une bataille d’infrastructures et de stratégies, qui redessine silencieusement l’avenir des deux industries.

