Cardano : Hoskinson s’explique sur les 1 096 BTC disparus

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Charles Hoskinson, le fondateur de Cardano, a fourni son explication la plus détaillée à ce jour concernant le transfert de 1 096 BTC hors de la trésorerie initiale du projet en 2016 et 2017. Ces fonds, qui valaient entre 400 000 $ et 454 000 $ à l’époque, auraient été utilisés pour rémunérer trois auditeurs — Michael Parsons, John Maguire et Bruce Milligan — pour leur travail sur la levée de fonds initiale (crowdsale) d’ADA.

Aux cours actuels du Bitcoin, ces mêmes 1 096 BTC valent environ 70 millions de dollars. Cette appréciation de 150 fois a transformé ce qui aurait pu être une simple dépense de fonctionnement en l’une des transactions de l’ère de la fondation les plus scrutées du secteur crypto.

La question que le marché doit désormais trancher est de savoir si des preuves documentaires pourront venir étayer le récit de Hoskinson, ou si l’absence de factures et de registres de paiement laissera ce différend ouvert, pesant comme un problème de gouvernance persistant sur ADA.

Comment l’appréciation du Bitcoin transforme une dépense de 454 000 $ en une polémique à 70 millions $

Le contexte donne une dimension particulière à ce chiffre de 1 096 BTC. La vente initiale de Cardano s’est déroulée d’octobre 2015 à janvier 2017, récoltant environ 108 844,5 BTC, soit environ 62 millions de dollars aux taux de l’époque, principalement auprès d’investisseurs japonais répartis sur quatre rounds.

Les 1 096 BTC en question représentent environ 1 % du produit total de la vente. Ils ont été acheminés via une entité basée sur l’île de Man, qui faisait partie de la structure multi-juridictionnelle précoce de Cardano aux côtés de la Fondation Cardano en Suisse.

Pour justifier l’évaluation, Hoskinson s’est appuyé sur le cours de clôture du Bitcoin au 13 mars 2016, soit 414 $ par BTC, ce qui correspond à un paiement compris entre 400 000 $ et 454 000 $. Sa défense semble logique sur le papier : une vente de jetons internationale, menée dans un flou réglementaire total et nécessitant une documentation complexe, pourrait tout à fait justifier des frais d’audit à six chiffres.

Le problème ne réside pas dans le montant en dollars de 2016, mais dans le fait que l’envolée du Bitcoin a multiplié par 150 le coût rétrospectif de cette décision. Cela transforme chaque transaction non documentée des débuts d’une trésorerie crypto en un point de tension majeur, quels que soient les objectifs initiaux.

C’est une dynamique structurelle à laquelle sont confrontés de nombreux projets blockchain lancés durant l’ère des ICO (2015-2017). Des décisions de trésorerie prises quand le BTC valait quelques centaines de dollars sont aujourd’hui réévaluées alors qu’il en vaut des dizaines de milliers. Le cas de Cardano est l’illustration la plus frappante de ce mécanisme, mais la logique s’applique à tout protocole ayant rémunéré des conseillers, des auditeurs ou des membres fondateurs en Bitcoin avant que les normes de gouvernance ne se solidifient.

L’exigence de Thomas Braziel et le manque de preuves au cœur du conflit

Thomas Braziel, fondateur de 117 Partners et spécialiste des réclamations d’actifs numériques, a mis en lumière cette affaire des 1 096 BTC en s’appuyant sur des données on-chain et des registres d’entreprises.

Il a qualifié les explications de Hoskinson lors de son dernier AMA de plus précises que ses réponses précédentes. Un constat notable, mais jugé insuffisant sans documents de soutien : factures, contrats de mission, approbations internes et relevés de paiement retraçant le parcours des fonds via l’entité de l’île de Man. Cette demande de preuves, et non le récit de Hoskinson, constitue désormais le point central non résolu.

L’implication de Michael Parsons complexifie davantage la situation. Parsons était le président de la Fondation Cardano au moment où les 1 096 BTC auraient été décaissés. Cela signifie que l’un des trois auditeurs rémunérés occupait un rôle de gouvernance au sein même de l’entité supervisant les fonds de la levée de fonds.

La question de savoir si cet arrangement a été divulgué, approuvé par un processus formel et structuré de manière indépendante est précisément le type d’interrogation qui, selon les détracteurs de la gouvernance crypto, ne peut être résolue par les seules déclarations d’un fondateur. Une documentation rigoureuse est nécessaire.

Il s’agit de la deuxième controverse majeure liée à la trésorerie de Cardano en moins de douze mois. En mai 2025, des allégations de détournement de 600 millions de dollars en bons ADA non réclamés avaient émergé.

Hoskinson avait alors commandé une expertise judiciaire auprès de BDO et du cabinet d’avocats McDermott Will & Emery. L’audit de BDO n’avait révélé aucune fraude ni détournement, confirmant que 99,2 % des bons ADA avaient été légitimement réclamés.

Si le rapport BDO a disculpé Hoskinson sur la question des bons ADA, les critiques soulignent explicitement que le périmètre de cet audit concernait les rachats d’ADA, et non la structure de financement distincte en Bitcoin. Par conséquent, il ne résout en rien le litige actuel sur les 1 096 BTC.

Par Nathan Belcourt

Nathan Belcourt est un passionné de cryptomonnaies et de technologies blockchain depuis plusieurs années. Titulaire d’un Master en Finance, il a débuté sa carrière en tant qu’analyste financier avant de se spécialiser dans les actifs numériques. À travers ses articles, il décrypte les tendances du marché, analyse les projets émergents et partage des stratégies d’investissement adaptées aux débutants comme aux experts. Son objectif ? Offrir un contenu clair, documenté et pertinent pour aider chacun à mieux comprendre et tirer parti de l’univers des cryptos. De la DeFi aux NFT, Nathan apporte un regard expert et accessible.