Le piratage survenu le 10 janvier continue de révéler de nouveaux éléments inquiétants. Selon la société de cybersécurité blockchain CertiK, environ 63 millions de dollars en crypto-actifs auraient été acheminés vers Tornado Cash, un protocole de mixage axé sur l’anonymat, à la suite du compromis d’un portefeuille estimé à 282 millions de dollars.
En raison de l’ampleur des pertes et de la rapidité des transferts, l’affaire fait désormais grand bruit et de nombreux enquêteurs indépendants la suivent de près.
Dans une publication récente, CertiK indique avoir détecté des interactions directes entre les fonds volés et Tornado Cash grâce à ses systèmes de surveillance on-chain.
Ces nouveaux éléments permettent de mieux comprendre les mécanismes de blanchiment mis en place après l’attaque. D’après l’analyse, une partie du Bitcoin dérobé a été transférée vers Ethereum via un bridge inter-chaînes, marquant le début d’un processus méthodique destiné à brouiller toute piste exploitable.
Du Bitcoin à Ethereum : Un schéma de blanchiment bien rodé
Les données blockchain montrent qu’au moins 686 BTC ont servi pour acheter de l’Ethereum par le biais d’un swap inter-chaînes, générant environ 19 600 ETH, initialement envoyés vers une seule adresse Ethereum.
https://twitter.com/CertiKAlert/status/2013072177256423565/photo/1
À partir de là, les fonds ont transité à travers de nombreux portefeuilles intermédiaires. Chaque adresse a ensuite transféré plusieurs centaines d’ETH avant que les fonds n’entrent progressivement dans Tornado Cash.
Cette stratégie n’a rien d’improvisé. Selon Marwan Hachem, PDG de la société de sécurité FearsOff, il s’agit d’un schéma classique de blanchiment à grande échelle, fréquemment observé lors de vols impliquant Bitcoin et Litecoin.
Le recours à des outils comme THORswap pour la conversion, suivi d’un découpage précis des montants, permet de réduire l’attention et de compliquer considérablement le suivi des fonds.
Une fois les actifs déposés dans un mixer, la situation devient critique. « Tornado Cash est un véritable point de non-retour pour la traçabilité », explique Hachem. Dans la majorité des cas, les chances de récupération chutent à un niveau quasi nul, rendant toute action ultérieure largement inefficace.
L’enquête a également permis d’identifier l’origine du piratage. Selon l’enquêteur blockchain ZachXBT, l’attaque repose sur une manipulation psychologique ciblée.
On January 10, 2026 at around 11 pm UTC a victim lost $282M+ worth of LTC & BTC due to a hardware wallet social engineering scam.
The attacker began converting the stolen LTC & BTC to Monero via multiple instant exchanges causing the XMR price to sharply increase.
BTC was also…
— ZachXBT (@zachxbt) January 16, 2026
L’attaquant se serait fait passer pour un membre du support d’un portefeuille crypto, convainquant la victime de révéler sa phrase de récupération. Cette seule erreur a suffi à donner un accès total aux fonds.
Le portefeuille crypto compromis contenait environ 1 459 BTC, ainsi que plus de 2 millions de Litecoin. Une partie des actifs a connu une transformtion en cryptomonnaies axées sur la confidentialité afin de renforcer l’opacité des flux.
La société ZeroShadow indique qu’environ 700 000 $ ont réussi à se faire détecter et geler très tôt, mais cela reste marginal face au montant total disparu.
Ce piratage illustre une nouvelle fois les limites de la sécurité individuelle dans l’écosystème crypto. Si la blockchain est transparente par nature, l’utilisation combinée de bridges inter-chaînes, de wallets multiples et de protocoles de mixage permet encore aujourd’hui de faire disparaître des centaines de millions de dollars, souvent en quelques heures seulement.
