Changpeng Zhao compte poursuivre en justice la sénatrice Elizabeth Warren pour diffamation, après sa grâce présidentielle. Le fondateur de Binance affirme que Warren a déformé sa condamnation en parlant de blanchiment d’argent, alors qu’il avait plaidé coupable pour manquements au Bank Secrecy Act.
Pourquoi CZ vise Warren, maintenant
CZ conteste non seulement l’idée d’un blanchiment qui ne figure pas dans l’acte de plaidoyer, mais aussi l’insinuation qu’il aurait échangé un soutien financier contre une faveur présidentielle. Son avocate, Me Teresa Goody Guillén prépare une lettre demandant à la sénatrice de retirer ses propos sur X, préalable classique avant une action en diffamation aux États-Unis. Sans rétractation, l’équipe de CZ promet de saisir la justice.
A US Senator can't get her facts right, in a public post about a person's charge. There were NO money laundering changes.
The same Senator declared "war on crypto", on public TV, 5 days before my sentencing, during the Biden Admin.
Need a better example of weaponization of… https://t.co/87gTMP6mcn pic.twitter.com/4j1Us48Nop
— CZ 🔶 BNB (@cz_binance) October 24, 2025
Le 23 octobre 2025, Donald Trump a signé une grâce présidentielle pour CZ. Ce dernier avait purgé quatre mois de prison et payé son amende après avoir admis des manquements au dispositif AML de Binance. Il s’agit, en effet, d’un volet séparé de toute accusation de blanchiment personnel. Cette clémence, confirmée par plusieurs agences, a provoqué une salve de critiques au Sénat.
Dans la foulée, Elizabeth Warren a dénoncé publiquement la grâce et évoqué des liens financiers entre CZ, l’écosystème Trump et un stablecoin affilié à la famille présidentielle. Son bureau a poussé pour une résolution de condamnation et interpellé le Trésor et le DoJ sur la capacité de l’exécutif à sanctionner les crimes financiers après ce geste. C’est précisément ce postulat que CZ juge diffamatoire.
À ce sujet, le sénateur Schiff s’était exprimé :
La grâce accordée par le président Trump au fondateur de Binance, Changpeng Zhao, n’est que le dernier exemple en date de l’utilisation par le président de son pouvoir de grâce pour récompenser de riches donateurs et alliés, et pour s’enrichir lui-même.
Il a ajouté ensuite :
Ce nouvel abus de pouvoir érode la confiance du public et bafoue le principe d’égalité devant la loi.
Immunité parlementaire et réseaux sociaux
La clause « Speech or Debate » protège les membres du Congrès pour les actes strictement législatifs tels que les débats, les votes et les travaux de commission. Cette immunité est large mais circonscrite.
La jurisprudence indique qu’elle ne couvre pas, en général, les communications extérieures comme des newsletters, des conférences de presse et, par analogie, des posts sur les réseaux sociaux, sauf s’ils s’intègrent directement à une fonction législative. C’est pourquoi des experts estiment que les propos publiés sur X sont plus exposés qu’une intervention au Sénat.
Autrement dit, un sénateur peut parler sans risque dans l’Hémicycle. Il ne jouit pas de la même forteresse juridique lorsqu’il tweete. Des travaux universitaires et décisions antérieures dessinent cette frontière. En effet, l’immunité vise la sphère législative, pas toute prise de parole publique. Si CZ intente une action, le premier round portera donc sur la qualification des propos de Warren et leur rattachement ou non à son rôle officiel.
Cela ne garantit en rien la victoire de CZ. Les élus bénéficient d’autres boucliers, notamment le Westfall Act lorsque l’État se substitue au défendeur pour des actes officiels. Mais la ligne est ténue, et plusieurs affaires récentes montrent que les tribunaux examinent de près le contexte, le forum et la finalité du message.
À charge, les démocrates soulignent des flux financiers autour de World Liberty Financial, le véhicule crypto affilié à la famille Trump, et l’usage de son stablecoin USD1 dans une transaction de 2 milliards de dollars liée à Binance.
Des enquêtes de presse ont détaillé ces connexions et l’ampleur économique de l’opération, qui pèse maintenant sur la perception publique de la grâce. C’est ce faisceau d’éléments que Warren met en avant et que CZ conteste avec vigueur.

